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Franco de port : comment fixer le bon seuil sans perdre de marge

Franco de port : comment fixer le bon seuil sans perdre de marge

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Un client commande juste ce qu’il faut pour atteindre le franco, sur vos produits les moins margés, expédiés à l’autre bout du pays : vous venez de payer pour le servir.

Ce que veut dire franco de port, et ce que le mot franco veut dire exactement

Le mot franco vient du vocabulaire commercial ancien et signifie littéralement « libre de charges ». Quand une entreprise indique qu’une commande est vendue franco de port, elle annonce que le client n’aura rien à payer au titre du transport pour faire venir la marchandise jusqu’à lui. C’est une promesse commerciale qui porte sur un seul poste : le coût de l’acheminement. Elle ne dit rien sur l’emballage, rien sur l’assurance, rien sur le moment où la responsabilité de la marchandise change de main. Franco de port veut dire, et veut dire seulement, que le poste transport ne sera pas facturé séparément au client.

Cette précision a un poids juridique et comptable. Sur un devis, une facture ou des conditions générales de vente, écrire « franco de port » engage le vendeur sur un seul élément financier : il renonce à facturer le transport, ou il l’intègre dans le prix des articles vendus. Rien de plus. C’est une erreur fréquente de penser que le mot franco règle aussi la question de qui supporte un colis cassé, une palette perdue ou un retard de livraison. Ce point sera développé plus loin, car c’est l’une des deux confusions qui coûtent le plus cher aux TPE et PME qui vendent des produits physiques.

Le franco de port se pose presque toujours sous une condition. Une entreprise peut décider que tout est franco, sans exception, ou plus fréquemment que le transport est offert au-delà d’un certain montant de commande, d’une certaine quantité, ou d’un certain poids. C’est cette condition, et la manière dont elle est calculée, qui fait toute la différence entre un levier commercial qui fait grossir le panier moyen et un piège qui grignote la rentabilité commande après commande.

La différence entre franco de port et port dû

Le port dû est l’exact inverse du franco de port. Dans ce schéma, le client paie le transport en plus du prix des articles, soit sur une ligne distincte de la facture, soit via un forfait annoncé au moment de la commande. Le port dû est la situation par défaut de toute vente : sauf mention contraire dans les conditions de vente ou sur le devis, un client peut légitimement s’attendre à payer les frais d’acheminement de sa commande, exactement comme il paierait les frais de mise en service d’un équipement ou les frais de dossier d’un financement.

La bascule entre port dû et franco de port se joue donc entièrement dans les conditions commerciales que l’entreprise choisit d’afficher. Un vendeur peut très bien appliquer le port dû sur toutes ses commandes inférieures à un seuil, puis passer en franco de port au-delà. C’est d’ailleurs le montage le plus répandu chez les TPE et PME qui vendent des produits physiques : le port dû sécurise la marge sur les petites commandes, le franco de port récompense les commandes plus importantes. Le problème n’est jamais de choisir entre les deux, il est de savoir où placer le curseur, et sur quelle base le calculer.

Critère Franco de port Port dû Franco de port et d’emballage Livraison offerte
Ce qui est pris en charge Le coût du transport uniquement Rien, le client paie le transport Le transport et l’emballage Le transport, présenté comme un avantage marketing
Qui paie l’emballage Le client, sauf mention contraire Le client Le vendeur Selon la politique interne, non standardisé
Support juridique Mention dans les conditions de vente ou le devis Situation par défaut, sans mention nécessaire Mention explicite requise Argument commercial, pas toujours contractualisé
Ce que cela règle sur le risque Rien, le risque est réglé par ailleurs Rien, le risque est réglé par ailleurs Rien, le risque est réglé par ailleurs Rien, le risque est réglé par ailleurs
Effet sur la marge si le seuil est mal calculé Peut annuler ou inverser la marge de la commande Aucun effet, la marge reste intacte Effet plus fort que le franco simple, l’emballage a aussi un coût Effet identique au franco de port, souvent non mesuré

Ce tableau met en évidence un point que l’on oublie trop souvent au moment de rédiger un devis ou des conditions générales de vente : aucune de ces quatre formules ne dit qui supporte la casse, la perte ou le retard. Ce sujet est traité plus loin, dans la partie consacrée au risque et aux Incoterms.

La différence entre franco de port et franco de port et d’emballage

Le franco de port et d’emballage est une variante plus généreuse, et souvent plus dangereuse pour la rentabilité si elle n’est pas chiffrée correctement. Elle ajoute au transport un second poste : le coût des matériaux et de la main-d’œuvre nécessaires pour conditionner la marchandise avant expédition. Pour une entreprise qui vend des produits fragiles, volumineux ou nécessitant une palettisation, ce second poste n’est pas anecdotique.

Prenons un exemple chiffré simple. Une entreprise qui vend du mobilier de bureau facture en moyenne 6 € HT de carton, mousse et film étirable par commande, plus 4 € HT de temps de préparation valorisé au coût horaire chargé de l’atelier. Le coût d’emballage moyen par commande est donc de 10 € HT. Si cette entreprise décide d’un franco de port et d’emballage, elle doit ajouter ces 10 € au coût de transport moyen avant de calculer le seuil selon la méthode décrite plus loin. Une entreprise qui confond franco de port simple et franco de port et d’emballage, et qui n’intègre que le coût de transport dans son calcul de seuil, sous-estime systématiquement le coût réel de sa promesse commerciale.

La règle pratique est simple : chaque fois que l’emballage est inclus dans la formule, il doit être chiffré au même titre que le transport, avec sa propre moyenne par commande, avant d’entrer dans le calcul du seuil. Ignorer ce poste revient à fixer un seuil sur la base d’un coût partiel, donc structurellement trop bas.

La différence entre franco de port et livraison offerte, qui n’est pas la même promesse commerciale

Sur le fond financier, franco de port et livraison offerte reviennent au même : dans les deux cas, le client ne paie pas le transport. La différence se situe dans la posture commerciale et dans la manière dont l’engagement est présenté et perçu.

Franco de port est un terme contractuel. Il apparaît dans les conditions générales de vente, sur un devis, dans un contrat-cadre avec un distributeur. Il a une portée juridique précise et un public plutôt professionnel, habitué au vocabulaire commercial classique.

Livraison offerte est un terme marketing. Il s’affiche sur une page produit, dans un bandeau promotionnel, dans un e-mail de relance de panier abandonné. Il vise à déclencher une décision d’achat rapide, souvent auprès d’un public grand public ou de petits comptes professionnels peu familiers du jargon commercial. Le risque, avec la livraison offerte, est que la promesse soit lancée sans avoir été chiffrée avec la même rigueur qu’un franco de port contractuel. Une entreprise qui affiche « livraison offerte dès 50 € d’achat » sur son site sans avoir vérifié la marge moyenne de son catalogue à ce niveau de commande prend exactement le même risque qu’un franco de port mal calculé, sauf qu’elle l’a communiqué à grande échelle, à tous ses visiteurs, sans possibilité de le retirer discrètement si le calcul se révèle faux.

La bonne pratique consiste à traiter la livraison offerte comme un franco de port à part entière au moment du calcul, puis à choisir librement la formulation qui convient au canal de vente. Le calcul doit être fait une seule fois, avec la même exigence, quel que soit le nom donné ensuite à la promesse.

Les trois façons de poser un franco

Il existe trois manières de conditionner un franco de port, et chacune a des conséquences différentes sur le comportement d’achat et sur le risque financier pris par l’entreprise.

Le franco à partir d’un montant

C’est la formule la plus répandue chez les TPE et PME qui vendent en ligne ou par catalogue. Le client bénéficie du transport offert dès que sa commande atteint un certain montant en euros HT ou TTC. Cette formule a l’avantage d’être simple à comprendre pour le client et simple à afficher sur un site ou un devis. Son défaut principal, développé en détail dans la section suivante, est qu’elle raisonne sur un montant de commande sans jamais regarder ce que ce montant représente réellement en marge.

Le franco à partir d’une quantité ou d’un poids

Cette formule convient particulièrement aux entreprises qui vendent des produits dont le prix unitaire varie peu, ou qui expédient par palette plutôt que par colis. Le seuil se pose alors en nombre d’unités, en nombre de cartons, ou en kilos ou tonnes. Un fabricant de matériaux de construction peut par exemple offrir le transport à partir d’une palette complète, plutôt qu’à partir d’un montant en euros. Cette approche a un avantage réel : elle colle plus fidèlement au coût logistique, puisque le coût de transport dépend avant tout du poids, du volume et du nombre de colis, pas du montant facturé. Elle demande cependant la même vigilance que le franco au montant : un seuil en poids ou en quantité doit lui aussi être vérifié à l’aune de la marge générée par cette quantité, pas seulement à l’aune du coût de transport qu’elle couvre en apparence.

Le franco inconditionnel

Le franco inconditionnel s’applique à toutes les commandes, sans seuil. C’est la formule la plus risquée financièrement, et la plus rare chez les entreprises qui vendent des produits physiques avec des marges serrées. Elle se justifie surtout dans deux cas : quand le coût de transport est marginal comparé au prix moyen du panier, ou quand l’entreprise a choisi de l’intégrer complètement dans ses prix de vente, ce qui revient en réalité à supprimer la notion de seuil en absorbant le coût dans la structure de prix elle-même. Une entreprise qui pratique un franco inconditionnel sans avoir vérifié que ses prix de vente intègrent bien ce coût prend un risque diffus mais réel : elle perd un peu de marge sur chaque commande, sans jamais s’en rendre compte commande par commande, uniquement visible en fin d’exercice sur la marge globale.

Comment calculer le seuil à partir de la marge

Voici le cœur du sujet, et l’erreur la plus coûteuse que commettent les TPE et PME qui posent un seuil de franco de port. La question que tout dirigeant se pose au moment de fixer un seuil est presque toujours la mauvaise question. On se demande : « à partir de combien le client doit-il commander pour qu’on lui offre le transport ? » C’est une question sur le chiffre d’affaires. La bonne question est différente : « combien reste-t-il à l’entreprise, une fois le transport payé, sur cette commande ? » C’est une question sur la marge, et elle change tout.

Un seuil fixé sur le chiffre d’affaires mesure combien le client dépense. Il ne dit rien sur combien l’entreprise gagne réellement sur cette dépense. Deux commandes de 150 € HT peuvent avoir des rentabilités totalement opposées : l’une génère 60 € de marge commerciale, l’autre 12 €. Si le coût de transport moyen sur la destination est de 15 €, la première commande reste largement bénéficiaire après transport, la seconde bascule dans le rouge. Un seuil unique en euros de commande, appliqué indistinctement aux deux cas, est donc arithmétiquement faux dans au moins un des deux cas.

La règle à appliquer est la suivante : la marge générée par la commande au seuil doit couvrir le coût de transport moyen sur la destination concernée, plus un coussin de sécurité qui absorbe les écarts de coût réel entre le devis transporteur et la facture finale, les hausses de carburant, les suppléments liés au poids exact ou à l’accès difficile de certaines adresses. Un coussin de sécurité de 30 % au-dessus du coût de transport moyen est une base de travail raisonnable pour démarrer le calcul, à ajuster ensuite selon l’historique réel de chaque entreprise.

Formulée simplement, la règle s’écrit ainsi : marge unitaire multipliée par la quantité vendue au seuil doit être supérieure ou égale au coût de transport moyen sur la destination, augmenté du coussin de sécurité. Comme le montant du seuil correspond exactement au prix unitaire multiplié par cette même quantité, cette règle revient aussi à dire que le seuil, multiplié par le taux de marge de la commande, doit couvrir le coût de transport plus le coussin. C’est cette seconde formulation qui est la plus facile à manier au quotidien, parce qu’elle ne demande de connaître qu’un seul chiffre : le taux de marge moyen appliqué sur les articles réellement concernés par la commande.

Premier exemple : une marge faible

Prenons une entreprise qui distribue des consommables d’impression auprès de professionnels. Le prix de vente moyen d’une unité est de 25 € HT, pour un coût d’achat de 23 € HT. La marge unitaire est de 2 € HT, ce qui représente un taux de marge de 8 %. Le coût de transport moyen constaté par cette entreprise, pour une expédition standard en France métropolitaine hors zones éloignées, est de 8,50 € HT. En appliquant un coussin de sécurité de 30 %, la marge nécessaire pour couvrir ce transport s’élève à 8,50 € multiplié par 1,3, soit 11,05 € HT.

Pour dégager 11,05 € de marge à un taux de 8 %, il faut un montant de commande de 11,05 divisé par 0,08, soit 138,13 € HT. En arrondissant à un seuil commercial lisible, cette entreprise devrait fixer son franco de port à 150 € HT, et non à un montant plus bas choisi arbitrairement ou copié sur un concurrent. Vérification : 150 € multiplié par 8 % donne 12 € de marge, ce qui couvre bien les 11,05 € nécessaires, avec une marge de sécurité résiduelle de 0,95 €.

Deuxième exemple : une marge moyenne

Prenons maintenant un fabricant de petit mobilier et d’accessoires de bureau. Le prix de vente moyen d’un article est de 60 € HT, pour un coût de production et d’approvisionnement de 45 € HT. La marge unitaire est de 15 € HT, soit un taux de marge de 25 %. Le coût de transport moyen pour ce type de produit, plus volumineux, s’élève à 14 € HT par expédition standard. Avec le même coussin de sécurité de 30 %, la marge nécessaire est de 14 multiplié par 1,3, soit 18,20 € HT.

Pour dégager 18,20 € de marge à un taux de 25 %, le montant de commande nécessaire est de 18,20 divisé par 0,25, soit 72,80 € HT. Cette entreprise peut fixer son seuil de franco à 75 € HT. Vérification : 75 € multiplié par 25 % donne 18,75 € de marge, ce qui couvre les 18,20 € nécessaires avec un coussin résiduel de 0,55 €.

Il est intéressant de comparer ce résultat au premier exemple : le coût de transport est plus élevé dans ce second cas (14 € contre 8,50 €), et pourtant le seuil nécessaire est beaucoup plus bas (75 € contre 150 €), simplement parce que le taux de marge est trois fois supérieur. C’est la démonstration concrète que le coût de transport, à lui seul, ne dit rien sur le bon niveau de seuil : c’est le rapport entre ce coût et la marge qui compte.

Troisième exemple : une marge forte

Prenons enfin une entreprise qui vend des accessoires de mode ou des produits cosmétiques à forte valeur perçue. Le prix de vente moyen d’un article est de 15 € HT, pour un coût de fabrication et d’achat de 7,50 € HT. La marge unitaire est de 7,50 € HT, soit un taux de marge de 50 %. Le coût de transport moyen pour ce type de produit léger et compact est de 8 € HT. Avec un coussin de sécurité de 30 %, la marge nécessaire est de 8 multiplié par 1,3, soit 10,40 € HT.

Pour dégager 10,40 € de marge à un taux de 50 %, le montant de commande nécessaire est de 10,40 divisé par 0,50, soit 20,80 € HT. Cette entreprise peut fixer son seuil de franco à 25 € HT, un montant très bas comparé aux deux exemples précédents, parfaitement cohérent avec sa structure de marge élevée. Vérification : 25 € multiplié par 50 % donne 12,50 € de marge, largement supérieur aux 10,40 € nécessaires.

Ces trois exemples, avec des taux de marge de 8 %, 25 % et 50 %, aboutissent à des seuils de 150 €, 75 € et 25 €. Aucune de ces entreprises ne devrait copier le seuil d’une autre, même si elles vendent toutes des produits physiques expédiés par colis standard. Le seuil n’est pas une pratique de marché à imiter, c’est une conséquence directe et calculable de la structure de marge propre à chaque catalogue.

Taux de marge Coût de transport moyen Coussin de sécurité (30 %) Marge nécessaire pour couvrir le transport Seuil de franco à fixer
8 % 15,00 € HT 4,50 € HT 19,50 € HT 244 € HT
15 % 15,00 € HT 4,50 € HT 19,50 € HT 130 € HT
25 % 15,00 € HT 4,50 € HT 19,50 € HT 78 € HT
35 % 15,00 € HT 4,50 € HT 19,50 € HT 56 € HT
45 % 15,00 € HT 4,50 € HT 19,50 € HT 43 € HT

Ce tableau fixe volontairement le coût de transport à 15 € HT pour toutes les lignes, afin d’isoler l’effet du seul taux de marge. À coût de transport strictement identique, le seuil nécessaire passe de 244 € à 43 €, un rapport de plus de cinq entre le taux le plus faible et le taux le plus fort. C’est la preuve chiffrée qu’un seuil de franco copié d’une entreprise à l’autre, ou fixé sans connaître le taux de marge réel des articles concernés, n’a aucune chance statistique d’être juste.

Le cas où le franco détruit la marge

Voici le scénario qui coûte le plus cher, et qui passe pourtant inaperçu dans les tableaux de pilotage commercial parce qu’il se cache dans le détail des commandes, jamais dans les totaux mensuels. Une entreprise de distribution d’accessoires électroniques a fixé un seuil de franco unique de 80 € HT pour tout son catalogue, sur la base d’un taux de marge moyen de 30 %. Ce taux moyen masque une réalité plus contrastée : les câbles et adaptateurs d’entrée de gamme, utilisés comme produits d’appel pour attirer du trafic, ne dégagent que 10 % de marge, contre 45 % sur les accessoires premium.

Un client professionnel passe une commande de 80 € HT composée exclusivement de câbles d’entrée de gamme, exactement au seuil du franco. La marge générée par cette commande est de 80 € multiplié par 10 %, soit 8 € HT. Cette commande est expédiée vers la Corse, où le coût de transport moyen constaté par cette entreprise n’est pas de 15 € comme en métropole continentale, mais de 22 € HT, en raison du passage maritime et des frais logistiques additionnels propres à cette zone. Le résultat net de cette commande, une fois le transport payé, est de 8 € de marge moins 22 € de coût de transport, soit une perte sèche de 14 € HT sur cette seule commande.

Ce cas illustre exactement l’erreur que ce raisonnement cherche à corriger : un seuil unique, calculé sur une moyenne de marge qui ne reflète pas la réalité de chaque famille de produits, appliqué sans distinction de destination, peut transformer une promesse commerciale censée fidéliser le client en machine à perdre de l’argent, précisément sur les commandes qui remplissent le mieux les conditions du franco. Plus la commande colle au seuil, plus elle est composée de références peu margées, plus elle part loin, plus la perte est certaine.

Ce qui change quand les destinations n’ont pas le même coût

Le coût de transport n’est jamais uniforme sur le territoire, et encore moins à l’international. Une entreprise qui fixe un seuil de franco national unique, sans distinguer les zones, applique en réalité un coussin de sécurité négatif sur toutes les destinations plus coûteuses que sa moyenne de référence. C’est une erreur silencieuse, parce qu’elle ne se voit pas commande par commande, seulement dans les résultats consolidés en fin de période.

Métropole continentale

C’est en général la zone de référence, celle sur laquelle le coût de transport moyen est le plus bas et le plus stable. C’est aussi, presque systématiquement, la zone sur laquelle les entreprises calculent leur seuil de franco, avant de l’appliquer sans modification aux autres zones. C’est précisément là que le raisonnement s’effondre.

Îles et Corse

Les expéditions vers les îles françaises et vers la Corse subissent des surcoûts logistiques réels, liés au passage maritime, aux ruptures de charge, et parfois à des délais plus longs qui imposent des conditionnements renforcés. Un coût de transport moyen supérieur de 40 % à 60 % à celui de la métropole continentale n’a rien d’exceptionnel pour ce type de destination. Si le seuil de franco a été calculé sur le coût moyen métropolitain, chaque commande expédiée vers ces zones et bénéficiant du franco absorbe un coût de transport largement sous-estimé par le calcul initial.

Étranger

Les expéditions à l’international ajoutent des coûts que la métropole ne connaît pas : frais douaniers selon la destination, conversion de devise, délais de transit plus longs qui augmentent le risque d’incident, et parfois des taxes locales à l’arrivée. Une entreprise qui expédie vers l’étranger doit calculer un seuil de franco distinct pour chaque grande zone géographique, avec son propre coût de transport moyen et son propre coussin de sécurité, jamais un seuil unique aligné sur son marché domestique.

La bonne pratique, pour une entreprise qui expédie à la fois en métropole, vers les îles ou la Corse, et à l’étranger, consiste à définir plusieurs seuils de franco, un par zone, chacun calculé avec le coût de transport moyen réel de cette zone. C’est plus lourd à administrer qu’un seuil unique, mais c’est la seule manière d’éviter que les commandes vers les zones les plus coûteuses ne deviennent structurellement déficitaires dès qu’elles atteignent le seuil. Pour les entreprises qui expédient par palette complète plutôt que par colis, cette logique de zonage doit aussi intégrer les contraintes propres à la palettisation, dont le coût varie fortement selon le nombre de palettes, leur poids et la distance parcourue.

Cette question du zonage est également liée à la manière dont l’entreprise gère ses approvisionnements et ses stocks selon les régions desservies. Une entreprise qui dispose de plusieurs points de stockage peut, par une gestion des stocks répartie sur le territoire, réduire la distance moyenne parcourue par ses expéditions et donc faire baisser le coût de transport moyen sur certaines zones, ce qui modifie directement le seuil de franco calculable pour ces zones.

L’effet du franco sur le comportement d’achat

Un seuil de franco bien calculé n’est pas seulement un outil de protection de la marge, c’est aussi un levier de comportement d’achat, à condition de comprendre comment les clients réagissent réellement face à ce type de condition.

L’effet le plus recherché, et le plus documenté par l’expérience des entreprises qui pratiquent le franco conditionnel, est l’augmentation du panier moyen. Un client dont la commande naturelle s’élève à 60 € HT, face à un seuil de franco fixé à 75 € HT, a un choix simple : payer le transport sur 60 €, ou ajouter 15 € d’articles supplémentaires pour l’éviter. Dans une proportion significative des cas, le client choisit d’ajouter des articles, ce qui augmente à la fois le chiffre d’affaires et, si les articles ajoutés sont correctement margés, la marge totale de la commande.

Le second effet, moins souvent anticipé, porte sur la fréquence de commande. Un client qui sait qu’il doit atteindre un certain seuil pour obtenir le transport gratuit peut choisir de regrouper plusieurs besoins en une seule commande plutôt que de commander plusieurs fois de petites quantités. Cet effet est en général positif pour le vendeur, puisqu’il réduit le nombre de commandes à traiter et le nombre d’expéditions à préparer, tout en maintenant, voire en augmentant, le chiffre d’affaires généré.

L’effet pervers, à l’inverse, apparaît quand le client comprend le mécanisme du seuil mieux que le vendeur lui-même. Deux comportements typiques se répètent chez les clients avertis. Le premier est le fractionnement inversé : plutôt que de regrouper ses besoins, le client commande volontairement juste sous le seuil sur plusieurs commandes rapprochées, pour éviter de payer le transport plusieurs fois sans pour autant augmenter son volume d’achat réel. Le second est l’attente calculée : le client repousse une commande urgente de quelques jours, le temps d’accumuler suffisamment de besoins pour atteindre le seuil, ce qui peut dégrader la relation commerciale si le délai devient gênant pour lui, tout en ne générant, pour le vendeur, aucune marge additionnelle réelle puisque le volume total acheté reste identique à ce qu’il aurait été sans le seuil.

Il existe un lien étroit entre la politique de franco et la politique de remise commerciale d’une entreprise. Une remise accordée sur un volume et un franco de port accordé sur un montant poursuivent souvent le même objectif, faire grossir la commande, mais avec des effets différents sur la marge. Une remise diminue directement le prix de vente et donc la marge unitaire, tandis qu’un franco déplace un coût variable, le transport, vers le vendeur, sans toucher au prix de vente affiché. Une entreprise qui cumule les deux leviers sans les articuler, par exemple en accordant une remise de 10 % en plus du franco dès un certain montant, doit recalculer son seuil de franco en tenant compte du taux de marge réduit par la remise, sous peine de reproduire exactement l’erreur décrite plus haut : un seuil calculé sur une marge qui n’existe plus une fois la remise appliquée.

Comment écrire la clause franco dans les conditions générales de vente

La clause de franco de port doit apparaître dans les conditions générales de vente avec une précision suffisante pour ne laisser aucune place à l’interprétation, ni de la part du client, ni de la part d’un commercial qui négocierait une exception à l’oral sans la reporter par écrit. Une clause de franco incomplète expose l’entreprise à devoir honorer des conditions qu’elle n’avait pas anticipées, simplement parce que le texte contractuel ne les excluait pas explicitement.

Une clause de franco correctement rédigée doit préciser plusieurs éléments distincts. D’abord, la base de calcul du seuil : s’agit-il d’un montant HT ou TTC, d’une quantité, d’un poids, et sur quel périmètre de commande ce montant est-il calculé, une seule ligne de commande ou le total du panier. Ensuite, le périmètre géographique d’application : le seuil vaut-il pour toutes les destinations ou seulement pour une zone précise, avec un renvoi explicite vers une grille tarifaire différenciée si plusieurs zones coexistent. Ensuite encore, la nature exacte de ce qui est offert : le transport seul, ou le transport et l’emballage, avec une définition claire de ce que recouvre chacun de ces deux termes si les deux sont concernés. Enfin, et ce point est trop souvent oublié, la clause de franco doit être suivie ou accompagnée d’une phrase distincte qui précise à quel moment le risque de perte, de casse ou de retard passe du vendeur au client, pour éviter toute confusion entre qui paie le transport et qui supporte le risque du transport, sujet développé dans la section suivante.

Une clause de franco doit également prévoir le cas des commandes mixtes, par exemple lorsqu’une commande combine des articles expédiés depuis des entrepôts différents ou vers des adresses de livraison multiples. Sans précision, un client pourrait revendiquer que chaque expédition partielle bénéficie individuellement du franco, alors que l’intention commerciale de l’entreprise était de raisonner sur le montant total de la commande initiale.

Le franco et le risque, deux questions que le franco ne règle jamais

C’est le second point, et le confondre avec le premier a des conséquences financières parfois plus lourdes encore que celles d’un seuil mal calculé sur la marge. Offrir le franco de port répond à une seule question : qui paie le coût du transport. Cela ne répond en rien à une autre question, totalement distincte : qui supporte le risque financier si la marchandise est perdue, cassée, volée ou livrée en retard pendant le transport.

Ces deux questions sont réglées par des dispositifs juridiques différents. La question du paiement du transport se règle dans les conditions commerciales, comme décrit plus haut. La question du risque se règle dans les conditions de vente au sens plus large et, pour les transactions qui s’y prêtent, dans le choix d’un Incoterm. Les Incoterms sont un ensemble de règles internationales qui définissent précisément, pour chaque type de contrat de vente, à quel moment et en quel lieu la responsabilité de la marchandise passe du vendeur à l’acheteur, indépendamment de qui paie le transport.

Une entreprise peut par exemple choisir de vendre en franco de port tout en restant responsable de la marchandise jusqu’à sa livraison effective chez le client, ce qui correspond dans la logique des Incoterms à une remise au point de destination, comme le prévoit l’Incoterm DAP, où le vendeur assume les risques et les frais jusqu’au lieu convenu, à l’exception du dédouanement à l’importation. Elle peut, à l’inverse, choisir de transférer le risque au client dès la sortie de son propre entrepôt, tout en continuant à payer le transport au titre du franco, une combinaison qui se rapproche dans son principe de l’Incoterm EXW pour la partie risque, bien que ce dernier prévoie normalement aussi que l’acheteur organise et paie le transport, ce qui montre bien que payer le transport et supporter le risque du transport sont deux paramètres qui se combinent librement, et non deux facettes automatiquement liées d’une même décision.

Confondre ces deux dimensions expose le vendeur à un risque concret : celui de payer deux fois. Une entreprise qui a offert le franco de port pense parfois, à tort, qu’elle a également accepté d’assumer la casse ou la perte survenue pendant le transport, et rembourse ou remplace la marchandise sans discussion, alors que ses conditions de vente, correctement rédigées, auraient placé ce risque du côté du client dès la remise au transporteur. Elle paie alors une première fois le coût du transport au titre du franco, puis une seconde fois le coût du remplacement ou du remboursement de la marchandise, alors qu’aucune de ces deux dépenses n’était juridiquement obligatoire dans cette combinaison.

Le réflexe à adopter est simple à énoncer, même s’il demande une vigilance constante dans la rédaction des documents commerciaux : chaque fois qu’une clause de franco de port est écrite, elle doit être immédiatement suivie ou accompagnée d’une phrase distincte qui précise le moment exact du transfert de risque. Une formulation possible consiste à écrire, juste après la mention du franco : « le transport est offert par le vendeur ; les risques de perte, de casse ou de retard sont transférés à l’acheteur au moment de la remise de la marchandise au transporteur. » Cette phrase règle en une ligne ce que le mot franco, seul, ne règle jamais.

Le franco et la facture : comment le port doit apparaître

La manière dont le port apparaît sur la facture n’est pas un détail esthétique, c’est une information qui a des conséquences comptables et commerciales réelles. Deux options coexistent : le port peut apparaître comme une ligne séparée à zéro euro, ou il peut ne pas apparaître du tout, absorbé silencieusement dans le prix des articles vendus.

Faire apparaître une ligne de port à zéro euro présente plusieurs avantages. Elle rend visible, pour le client, que le transport a un coût réel qui lui est offert, ce qui renforce la perception de valeur de l’offre commerciale, plutôt que de laisser croire que le transport n’a jamais eu de coût pour personne. Elle permet aussi, côté vendeur, de conserver une trace précise, facture après facture, du volume de franco accordé sur une période, une information précieuse pour vérifier que le seuil fixé reste pertinent au fil du temps, sujet traité plus loin dans la partie consacrée à la révision du seuil.

Ne pas faire apparaître le port du tout, en l’absorbant dans le prix des articles, simplifie la présentation de la facture, mais prive l’entreprise d’une donnée de pilotage essentielle. Sans ligne de port identifiable, il devient très difficile de savoir, en fin d’année, combien le franco de port a réellement coûté à l’entreprise sur l’ensemble des commandes concernées, une information pourtant indispensable pour juger si le seuil actuel reste cohérent avec l’évolution des coûts de transport et de la structure de marge du catalogue.

La bonne pratique consiste donc, dans la très grande majorité des cas, à conserver une ligne de port visible sur chaque facture, y compris lorsqu’elle est à zéro euro au titre du franco, avec éventuellement une mention explicite du type « port offert » à côté du montant nul, pour lever toute ambiguïté auprès du client comme auprès de la comptabilité.

Le franco et la TVA sur les frais de port

La TVA applicable aux frais de port suit une règle simple dans son principe, bien que sa mise en œuvre demande de la rigueur : les frais de port facturés en complément d’une vente de biens suivent, en principe, le même taux de TVA que celui appliqué aux biens vendus. Un port facturé en complément d’une vente de produits soumis au taux normal suit le taux normal ; un port facturé en complément d’une vente de produits soumis à un taux réduit suit ce même taux réduit, sur la partie de la commande concernée.

Dans le cas d’un franco de port, la question de la TVA ne se pose pas différemment sur le principe : puisque le port n’est pas facturé, il n’y a pas de TVA distincte à calculer sur un montant de transport égal à zéro. La vigilance doit en revanche porter sur les commandes mixtes, composées d’articles soumis à des taux de TVA différents, lorsque le franco n’est accordé qu’au-delà d’un certain seuil calculé sur le montant total. Si l’entreprise choisit malgré tout de faire apparaître une ligne de port, même symbolique, pour les commandes qui n’atteignent pas le seuil, cette ligne doit être ventilée avec le taux de TVA cohérent par rapport à la nature des biens transportés, ce qui peut nécessiter, sur une commande mixte, une répartition proportionnelle du montant de port entre les différents taux applicables.

Cette question, souvent traitée à la légère parce qu’elle semble purement technique, mérite d’être clarifiée une fois pour toutes dans les procédures internes de facturation de l’entreprise, plutôt que d’être laissée à l’appréciation de chaque personne qui établit une facture, au risque de produire des documents incohérents d’une commande à l’autre.

Le franco face aux retours et aux avoirs

Le franco de port a été pensé, dans l’immense majorité des cas, pour l’expédition aller. La question de qui paie le retour, lorsque le client renvoie tout ou partie de sa commande, mérite une clause distincte, faute de quoi l’entreprise se retrouve à trancher au cas par cas, sans cohérence entre les dossiers.

Plusieurs situations doivent être anticipées séparément. Premièrement, le retour pour un motif imputable au vendeur, comme une erreur de référence expédiée ou un défaut de fabrication constaté à réception : dans ce cas, il est cohérent que le vendeur prenne en charge le retour, quel que soit le montant initial de la commande et quel que soit le fait qu’elle ait ou non bénéficié du franco à l’aller. Deuxièmement, le retour pour un motif relevant du client, comme un simple changement d’avis sur un produit conforme à la commande : dans ce cas, rien n’oblige le vendeur à offrir également le retour au seul motif qu’il avait offert l’aller, et une clause explicite doit préciser que le franco accordé à l’aller ne s’étend pas automatiquement au retour, sauf mention contraire.

La question de l’avoir mérite la même clarté. Lorsqu’un client obtient un avoir partiel sur une commande qui avait initialement atteint le seuil de franco, l’entreprise doit décider si le nouveau montant, une fois l’avoir déduit, doit être comparé au seuil pour vérifier que la commande y reste éligible. Un client qui commande pour 160 € HT avec un seuil de franco à 150 € HT, puis obtient un avoir de 20 € pour un article manquant en stock, se retrouve avec une commande nette de 140 € HT, sous le seuil initial. Sans clause claire sur ce point, l’entreprise doit choisir entre réclamer rétroactivement le port, ce qui est commercialement délicat après coup, ou laisser filer le franco sur une commande qui, sur le papier, ne l’aurait plus justifié, une perte de marge silencieuse qui se répète à chaque situation similaire si aucune règle n’est fixée à l’avance.

La bonne pratique consiste à écrire, dans les conditions générales de vente, une clause spécifique aux retours et aux avoirs, distincte de la clause de franco à l’aller, qui précise que l’octroi du franco à l’aller ne présume rien sur la prise en charge d’un éventuel retour, et que le maintien ou non du franco après un avoir partiel dépend du montant net de la commande après application de cet avoir.

Comment réviser un seuil de franco quand le coût du transport augmente

Un seuil de franco calculé correctement à un instant donné ne reste juste que si les paramètres qui ont servi à le calculer restent stables. Le coût du transport n’est pas un paramètre stable : il évolue avec le prix du carburant, les tarifs négociés avec les transporteurs, et parfois avec des hausses générales du secteur logistique. Un seuil qui n’est jamais révisé devient, année après année, de plus en plus généreux pour le client et de plus en plus coûteux pour l’entreprise, sans que personne ne l’ait décidé explicitement.

Reprenons le premier exemple développé plus haut, l’entreprise de consommables d’impression avec un taux de marge de 8 % et un seuil de franco fixé à 150 € HT sur la base d’un coût de transport moyen de 8,50 € HT. Si, un an plus tard, le transporteur augmente ses tarifs de 20 %, le coût de transport moyen passe à 10,20 € HT. Avec le même coussin de sécurité de 30 %, la marge nécessaire passe de 11,05 € à 13,26 € HT. Le seuil recalculé devient 13,26 divisé par 0,08, soit 165,75 € HT, arrondi à 165 ou 170 € HT selon la lisibilité commerciale souhaitée. Si l’entreprise laisse son seuil inchangé à 150 € HT malgré cette hausse, chaque commande qui atteint exactement l’ancien seuil dégage désormais une marge de 12 € pour un coût de transport de 10,20 €, ce qui laisse un coussin résiduel de seulement 1,80 €, largement insuffisant pour absorber le moindre écart entre le devis transporteur et la facture réelle.

La bonne pratique consiste à intégrer la révision du seuil de franco dans un rendez-vous périodique, par exemple à chaque renégociation de contrat avec les transporteurs, ou à défaut une fois par an, en reprenant exactement la même formule que celle utilisée pour le calcul initial : coût de transport moyen actualisé, coussin de sécurité, taux de marge actualisé si la structure de coûts ou de prix a elle aussi évolué, puis nouveau seuil recalculé. Un seuil de franco n’est jamais une décision figée, c’est un paramètre de gestion qui doit suivre les mêmes cycles de révision que les prix de vente ou les grilles tarifaires transporteur.

Les erreurs qui reviennent, et comment chacune se corrige

Certaines erreurs se répètent d’une entreprise à l’autre, presque toujours pour les mêmes raisons : le seuil de franco est souvent fixé une fois, au démarrage de l’activité ou lors d’une refonte commerciale, puis jamais revisité avec la rigueur qui a présidé, ou qui aurait dû présider, à sa création.

Erreur fréquente Pourquoi elle coûte cher Comment la corriger
Fixer le seuil sur le chiffre d’affaires sans vérifier la marge Deux commandes au même montant peuvent avoir des rentabilités opposées après transport Calculer le seuil à partir du taux de marge réel et du coût de transport moyen, selon la formule détaillée plus haut
Appliquer un seuil national unique à toutes les destinations Les zones éloignées, les îles, la Corse et l’étranger ont un coût de transport bien supérieur à la moyenne métropolitaine Définir un seuil distinct par zone géographique, avec le coût de transport moyen propre à chaque zone
Confondre l’offre du franco et le transfert du risque L’entreprise peut se retrouver à payer le transport puis à rembourser une casse qu’elle n’était pas juridiquement tenue d’assumer Ajouter systématiquement, à côté de la clause de franco, une phrase précisant le moment exact du transfert de risque, en s’appuyant si besoin sur un Incoterm
Ne jamais faire apparaître le port sur la facture L’entreprise perd la visibilité sur le coût réel cumulé du franco accordé sur une période Conserver une ligne de port visible, même à zéro euro, avec la mention « port offert »
Laisser le seuil inchangé malgré la hausse des tarifs de transport Le coussin de sécurité initial se réduit progressivement jusqu’à disparaître, puis devenir négatif Revoir le seuil à chaque renégociation transporteur, ou au minimum une fois par an, avec la même formule de calcul
Étendre implicitement le franco de l’aller au retour L’entreprise finance deux transports pour une seule vente, sans l’avoir décidé Rédiger une clause distincte pour les retours, précisant qui les prend en charge selon le motif
Oublier de recalculer l’éligibilité au franco après un avoir Une commande qui ne justifie plus le seuil après avoir conserve pourtant le transport offert Comparer systématiquement le montant net après avoir au seuil de franco avant de le maintenir
Appliquer le même seuil à tout le catalogue malgré des marges très différentes par famille de produits Les références les moins margées, une fois expédiées loin, peuvent générer une perte nette dès qu’elles atteignent le seuil Calculer un seuil par famille de produits selon leur taux de marge propre, ou exclure certaines familles du calcul du seuil global

Ce que Djaboo fait, et ce qu’il ne fait pas, sur le franco de port

Djaboo est un logiciel de gestion tout-en-un pour TPE et PME, conçu pour centraliser le catalogue d’articles, les devis, les factures et les avoirs. Il tient le catalogue d’articles avec des familles d’articles et des tarifs par devise, ce qui permet d’organiser un catalogue par gammes ou par familles de marge, un point utile compte tenu de tout ce qui a été décrit plus haut sur les écarts de rentabilité entre familles de produits. Les lignes de devis, de facture et d’avoir reprennent ces articles avec leur prix, garantissant une cohérence entre ce qui est proposé au client et ce qui est facturé. Djaboo gère également les remises, en pourcentage ou en montant, ainsi que les ajustements appliqués sur le total du document, et l’adresse de livraison est portée directement par le document, ce qui facilite le suivi d’une commande jusqu’à son expédition.

Il faut le dire clairement, sans détour et sans promettre une évolution future : Djaboo ne paramètre aucun franco de port. Il n’existe pas, dans le logiciel, de seuil de franco à régler, pas de calcul automatique des frais de port selon le poids ou la destination, et pas d’alerte qui préviendrait un client qu’il lui manque un certain montant pour atteindre le franco. Le port se saisit comme une ligne du document, ou comme un ajustement, à la main, exactement comme n’importe quel autre poste de facturation géré manuellement.

Cette limite n’empêche pas de piloter correctement sa politique de franco, à condition d’organiser les choses proprement autour du logiciel plutôt que dans le logiciel. La première chose à faire est de créer un article de service dédié au port de manière permanente, avec une référence stable, plutôt que de saisir chaque fois un ajustement libre sans identifiant commun. Cette discipline permet, en extrayant les documents sur une période donnée, de mesurer ce que le port coûte réellement à l’entreprise sur l’année, commande par commande, exactement la donnée nécessaire pour réviser le seuil comme décrit plus haut. La seconde chose à faire est de fixer le seuil de franco hors du logiciel, dans les conditions générales de vente et dans les procédures commerciales internes, en s’appuyant sur la formule de calcul détaillée dans cet article, puis d’appliquer manuellement cette règle au moment d’établir chaque devis ou chaque facture, en ajoutant ou en annulant la ligne de port selon que le seuil est atteint ou non. Ce fonctionnement demande une discipline de saisie, mais il a un avantage réel : il oblige à revoir consciemment, commande après commande, si le franco est justifié, plutôt que de le laisser s’appliquer automatiquement sans plus jamais y penser.

Reprendre la main sur son franco de port

Un seuil de franco de port n’a de sens que s’il est calculé à partir de la marge, jamais à partir du chiffre d’affaires : ce que le client dépense ne dit rien sur ce que l’entreprise gagne réellement une fois le transport payé, et un même seuil peut être parfaitement rentable sur une famille de produits et franchement destructeur sur une autre, selon le taux de marge et la destination réelle de la commande. Calculer ce seuil demande une formule simple, appliquée avec rigueur : la marge générée au seuil doit couvrir le coût de transport moyen sur la destination, plus un coussin de sécurité, zone par zone si les coûts diffèrent, famille de produits par famille de produits si les marges diffèrent.

Offrir le transport ne règle par ailleurs jamais la question de qui supporte le risque d’une casse, d’une perte ou d’un retard : cette question se règle ailleurs, dans les conditions de vente et dans le choix d’un Incoterm, et confondre les deux expose une entreprise à payer deux fois pour une seule commande, une fois le transport offert, une fois le remboursement d’un incident qu’elle n’était pas juridiquement tenue d’assumer. Un seuil de franco bien calculé et une clause de risque clairement rédigée sont les deux conditions, indissociables l’une de l’autre, pour transformer une promesse commerciale généreuse en un levier réellement rentable, plutôt qu’en une fuite silencieuse de marge.

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