L’amortissement linéaire étale la valeur d’un bien sur sa durée d’utilisation, à condition de partir de la date de mise en service. Voici le calcul, le tableau complet et les écritures.
L’amortissement remplit trois fonctions simultanées. Il donne une image fidèle du patrimoine de l’entreprise : un équipement acquis il y a cinq ans ne vaut plus autant qu’au premier jour, et le bilan doit le refléter. Il génère une charge déductible du résultat imposable, ce qui réduit l’impôt sur les sociétés sans décaissement supplémentaire. Il constitue enfin un signal de gestion : l’accumulation des amortissements indique le vieillissement du parc d’actifs et anticipe les futurs besoins de renouvellement.
L’amortissement est obligatoire. Le Plan Comptable Général (PCG) impose à toute entreprise de constater la dépréciation de ses immobilisations, même en cas de résultat déficitaire. Un amortissement non pratiqué est définitivement perdu fiscalement : il ne peut pas être rattrapé les années suivantes.
Ce qui s’amortit et ce qui ne s’amortit pas
Tous les actifs inscrits au bilan ne sont pas amortissables. La règle fondamentale est la suivante : seul un bien dont la durée d’utilisation est déterminable et limitée dans le temps peut faire l’objet d’un amortissement. Dès que la durée d’utilisation est indéterminée, l’amortissement n’est pas applicable.
Le terrain est l’exemple le plus emblématique de bien non amortissable. Il ne s’use pas, ne vieillit pas et ne devient pas obsolète au sens économique du terme. Même lorsqu’un bâtiment est construit dessus, le terrain conserve sa valeur propre et doit être isolé dans un compte distinct pour ne pas être amorti par erreur avec la construction.
| Catégorie | Exemples | Amortissable | Remarque |
|---|---|---|---|
| Immobilisations corporelles | Matériel industriel, véhicules, mobilier, agencements | Oui | Durée d’utilisation finie |
| Constructions | Bâtiments de bureaux, entrepôts, ateliers | Oui | Hors terrain, toujours non amortissable |
| Terrain | Parcelle nue, terrain bâti | Non | Durée d’utilisation indéterminée |
| Immobilisations incorporelles | Logiciels acquis, brevets, licences | Oui | Sur durée de protection ou d’utilisation |
| Fonds commercial | Clientèle, enseigne, achalandage | Non (en principe) | Durée d’utilisation indéterminée en PCG |
| Titres de participation | Actions, parts sociales | Non | Évalués au coût ou par dépréciation |
| Matériel informatique | Ordinateurs, serveurs, imprimantes | Oui | Obsolescence technologique rapide |
| Véhicule de tourisme | Voiture particulière | Oui | Base déductible plafonnée fiscalement |
La base amortissable et la valeur résiduelle
La base amortissable est le montant sur lequel les dotations annuelles sont calculées. Elle correspond au coût d’acquisition de l’immobilisation, c’est-à-dire le prix d’achat hors taxes (pour une entreprise assujettie à la TVA et dont la TVA est récupérable), augmenté de tous les frais directement attribuables à la mise en service du bien : frais de livraison, d’installation, de mise en route, droits de douane éventuels.
Si l’entreprise estime que le bien aura une valeur de revente significative à la fin de sa durée d’utilisation, cette valeur résiduelle vient en déduction de la base amortissable. En pratique, pour la grande majorité des TPE et PME, la valeur résiduelle est supposée nulle ou négligeable, ce qui simplifie le calcul : la base amortissable est alors égale au coût d’acquisition total.
Exemple : une PME acquiert une machine pour 18 000 euros HT, avec 500 euros de frais de livraison et 700 euros de frais d’installation. Sa base amortissable est de 18 000 + 500 + 700 = 19 200 euros. Si elle estime pouvoir la revendre 1 200 euros en fin de vie, la base amortissable nette est de 19 200 – 1 200 = 18 000 euros.
Attention : la TVA récupérable ne fait jamais partie de la base amortissable. Une entreprise assujettie à la TVA qui récupère la TVA sur ses achats calcule ses amortissements sur le montant hors taxes. En revanche, une entreprise non assujettie (ou dont l’activité ne lui permet pas de récupérer la TVA) intègre la TVA dans son coût d’acquisition et donc dans sa base amortissable.
Le calcul linéaire : formule du taux et de l’annuité
L’amortissement linéaire est la méthode de droit commun en comptabilité française. Elle repose sur une hypothèse simple : le bien se déprécie de façon régulière et constante tout au long de sa durée d’utilisation. Chaque exercice supporte donc la même charge d’amortissement, appelée annuité.
La formule du taux linéaire est la suivante :
Taux linéaire = 100 / Durée d’utilisation (en années)
L’annuité d’amortissement pour une année complète est ensuite :
Annuité = Base amortissable x Taux linéaire
Quelques exemples de taux courants :
| Durée d’utilisation | Taux linéaire | Annuité pour 10 000 euros de base |
|---|---|---|
| 3 ans | 33,33 % | 3 333 euros |
| 4 ans | 25,00 % | 2 500 euros |
| 5 ans | 20,00 % | 2 000 euros |
| 8 ans | 12,50 % | 1 250 euros |
| 10 ans | 10,00 % | 1 000 euros |
| 20 ans | 5,00 % | 500 euros |
La durée d’utilisation retenue doit refléter la durée réelle pendant laquelle l’entreprise prévoit d’utiliser le bien dans son activité. Le PCG (article 214-3) définit la durée d’amortissement comme la durée d’utilisation prévisible du bien par l’entité. Pour les petites entreprises, il est courant de s’aligner sur les durées d’usage admises par l’administration fiscale, qui constituent un repère pratique et généralement défendable.
Le prorata temporis de la première annuité
Lorsqu’une immobilisation est mise en service en cours d’exercice, l’annuité de la première année ne peut pas être une annuité complète : le bien n’a été utilisé que pendant une fraction de l’exercice. C’est le prorata temporis qui permet de calculer cette fraction.
Règle fondamentale : le point de départ de l’amortissement linéaire est la date de mise en service du bien, et non la date de la facture d’achat. Si une machine est livrée le 10 mars mais n’est installée et opérationnelle que le 2 avril, l’amortissement commence le 2 avril. Cette distinction est importante car elle peut décaler la première dotation de plusieurs semaines.
La convention française retient une année de 360 jours (chaque mois comptant pour 30 jours). La formule de la première annuité est :
Première annuité = Annuité pleine x (Nombre de jours d’utilisation / 360)
Le nombre de jours d’utilisation se décompte de la date de mise en service jusqu’à la date de clôture de l’exercice (en général le 31 décembre).
Exemple de décompte : un bien mis en service le 1er septembre. De septembre à décembre, on compte 4 mois de 30 jours, soit 120 jours. La première annuité est donc : Annuité pleine x (120 / 360) = Annuité pleine x 1/3.
Autre exemple : un bien mis en service le 15 avril. Du 15 avril au 31 décembre, on compte 15 jours en avril (du 15 au 30) + 30 jours en mai + 30 en juin + 30 en juillet + 30 en août + 30 en septembre + 30 en octobre + 30 en novembre + 30 en décembre = 255 jours. La première annuité est : Annuité pleine x (255 / 360).
La dernière annuité est le complément : elle couvre la période du 1er janvier de la dernière année jusqu’à la date anniversaire de la mise en service. La somme de la première et de la dernière annuité est toujours égale à une annuité pleine, ce qui garantit que la totalité de la base amortissable est couverte sur la durée réelle d’utilisation.
Premier tableau d’amortissement complet : matériel industriel sur 5 ans
Une entreprise acquiert un équipement de production le 1er juillet N pour 24 000 euros HT. Elle retient une durée d’utilisation de 5 ans pour cet exemple. La mise en service est effective le 1er juillet N. L’exercice comptable est calé sur l’année civile (clôture au 31 décembre).
Calculs préalables :
- Annuité pleine : 24 000 / 5 = 4 800 euros
- Taux linéaire : 20 %
- Prorata première année : du 1er juillet au 31 décembre = 6 mois = 180 jours / 360 = 0,5
- Première annuité : 4 800 x 0,5 = 2 400 euros
- Dernière annuité (complément) : 4 800 x 0,5 = 2 400 euros
| Exercice | Période | Base amortissable | Taux | Annuité | Amortissements cumulés | Valeur nette comptable |
|---|---|---|---|---|---|---|
| N | 01/07 au 31/12 (180 j) | 24 000 | 20 % | 2 400 | 2 400 | 21 600 |
| N+1 | Année pleine | 24 000 | 20 % | 4 800 | 7 200 | 16 800 |
| N+2 | Année pleine | 24 000 | 20 % | 4 800 | 12 000 | 12 000 |
| N+3 | Année pleine | 24 000 | 20 % | 4 800 | 16 800 | 7 200 |
| N+4 | Année pleine | 24 000 | 20 % | 4 800 | 21 600 | 2 400 |
| N+5 | 01/01 au 30/06 (180 j) | 24 000 | 20 % | 2 400 | 24 000 | 0 |
Le bien est amorti sur 6 exercices calendaires, mais la durée d’utilisation effective est bien de 5 ans. La valeur nette comptable tombe à zéro en fin de plan, ce qui confirme la cohérence du tableau. Vérification : 2 400 + 4 800 + 4 800 + 4 800 + 4 800 + 2 400 = 24 000 euros.
Deuxième exemple chiffré : mobilier de bureau sur 8 ans
Une TPE acquiert un ensemble de mobilier de bureau le 1er octobre N pour 9 600 euros HT. Elle retient une durée d’utilisation de 8 ans pour cet exemple. Mise en service le 1er octobre N.
Calculs préalables :
- Annuité pleine : 9 600 / 8 = 1 200 euros
- Taux linéaire : 12,5 %
- Prorata première année : du 1er octobre au 31 décembre = 3 mois = 90 jours / 360 = 0,25
- Première annuité : 1 200 x 0,25 = 300 euros
- Dernière annuité : 1 200 x 0,75 = 900 euros
| Exercice | Période | Base amortissable | Taux | Annuité | Amortissements cumulés | VNC |
|---|---|---|---|---|---|---|
| N | 01/10 au 31/12 (90 j) | 9 600 | 12,5 % | 300 | 300 | 9 300 |
| N+1 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 1 500 | 8 100 |
| N+2 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 2 700 | 6 900 |
| N+3 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 3 900 | 5 700 |
| N+4 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 5 100 | 4 500 |
| N+5 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 6 300 | 3 300 |
| N+6 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 7 500 | 2 100 |
| N+7 | Année pleine | 9 600 | 12,5 % | 1 200 | 8 700 | 900 |
| N+8 | 01/01 au 30/09 (270 j) | 9 600 | 12,5 % | 900 | 9 600 | 0 |
Le mobilier est amorti sur 9 exercices calendaires pour une durée d’utilisation de 8 ans. Vérification : 300 + (1 200 x 7) + 900 = 300 + 8 400 + 900 = 9 600 euros.
Les écritures comptables de la dotation annuelle
À chaque clôture d’exercice, la dotation aux amortissements est constatée par une écriture dans le journal des opérations diverses. Les comptes mobilisés sont toujours les mêmes, quelle que soit la nature du bien :
- Au débit : le compte 681 (Dotations aux amortissements des immobilisations), qui enregistre la charge dans le compte de résultat et réduit le résultat imposable.
- Au crédit : le compte 28 (Amortissements des immobilisations), qui accumule les amortissements au bilan en déduction de la valeur brute de l’immobilisation.
La logique de numérotation du compte 28 est simple : on intercale un 8 en deuxième position du numéro du compte d’immobilisation. Par exemple, le matériel industriel est inscrit au compte 2154 ; son compte d’amortissement est le 28154. Le matériel de transport (2182) a pour pendant le compte 28182.
Exemple d’écriture pour la dotation annuelle de l’équipement de production (4 800 euros, exercice N+1) :
| Date | Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|---|
| 31/12/N+1 | 68112 | Dotation aux amortissements matériel industriel | 4 800 | |
| 31/12/N+1 | 28154 | Amortissements du matériel industriel | 4 800 |
Exemple d’écriture pour la première annuité avec prorata (300 euros, mobilier de bureau, exercice N) :
| Date | Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|---|
| 31/12/N | 68112 | Dotation aux amortissements mobilier (prorata 90 j) | 300 | |
| 31/12/N | 28184 | Amortissements du mobilier | 300 |
Ces écritures sont passées en fin d’exercice lors des travaux d’inventaire. Certaines entreprises préfèrent une comptabilisation mensuelle pour disposer d’indicateurs de gestion plus précis en cours d’année : la logique reste identique, seule la périodicité change.
L’amortissement par composants
Lorsqu’une immobilisation corporelle regroupe des éléments dont les durées d’utilisation sont significativement différentes, chaque composant doit être amorti séparément sur sa propre durée. Cette obligation, posée par le PCG (article 214-9), est appelée approche par composants.
Le cas le plus fréquent est celui de l’immeuble professionnel. Un bâtiment n’est pas un bloc monolithique : ses fondations et sa structure peuvent durer plusieurs décennies, tandis que la toiture, les installations électriques ou les aménagements intérieurs ont des durées de vie bien plus courtes. Amortir l’ensemble sur une durée unique revient à sous-estimer la charge des premières années et à surévaluer le résultat.
Exemple de décomposition d’un local commercial acquis 500 000 euros HT (dont 100 000 euros de terrain non amortissable). Base amortissable totale : 400 000 euros. Durées retenues à titre d’hypothèse pour cet exemple :
| Composant | Valeur (euros) | Durée retenue | Annuité (euros) |
|---|---|---|---|
| Terrain | 100 000 | Non amortissable | 0 |
| Gros oeuvre / Structure | 200 000 | 40 ans | 5 000 |
| Toiture | 40 000 | 25 ans | 1 600 |
| Second oeuvre | 80 000 | 20 ans | 4 000 |
| Installations techniques | 60 000 | 15 ans | 4 000 |
| Agencements intérieurs | 20 000 | 10 ans | 2 000 |
| Total amortissable | 400 000 | 16 600 |
Sans décomposition, en amortissant l’ensemble sur 30 ans, la dotation annuelle serait de 400 000 / 30 = 13 333 euros. La méthode par composants génère ici 16 600 euros par an, soit 3 267 euros supplémentaires de charges déductibles chaque année. Sur dix ans, cela représente plus de 32 000 euros de déductions supplémentaires, entièrement fondées sur la correcte application des textes.
Chaque composant a son propre compte d’immobilisation (sous-compte du 213 pour les constructions) et son propre compte d’amortissements cumulés (sous-compte du 2813). Lorsqu’un composant est remplacé, l’ancien est sorti du bilan (sa VNC résiduelle est constatée en charge) et le nouveau est activé comme une nouvelle immobilisation amortie sur sa propre durée.
Amortissement comptable et amortissement fiscal : la notion d’amortissement dérogatoire
La comptabilité française distingue deux logiques d’amortissement qui peuvent diverger.
L’amortissement comptable reflète la dépréciation économique réelle du bien. Il est calculé sur la durée d’utilisation effective de l’entreprise, conformément au PCG. C’est la méthode linéaire qui est généralement retenue pour respecter l’image fidèle du patrimoine.
L’amortissement fiscal suit les règles du Code général des impôts. Lorsqu’une entreprise opte pour l’amortissement dégressif (une option fiscale réservée à certains biens neufs), les dotations fiscales sont plus élevées les premières années que les dotations comptables linéaires. L’écart entre les deux constitue l’amortissement dérogatoire, comptabilisé dans le compte 145 (provisions réglementées) au passif du bilan.
Exemple chiffré côte à côte : une machine acquise le 1er janvier N pour 30 000 euros HT. Durée d’utilisation retenue pour cet exemple : 5 ans. Plan comptable linéaire (image fidèle) et plan fiscal dégressif (coefficient 1,75 pour 5 ans, taux dégressif = 20 % x 1,75 = 35 %).
| Exercice | Dotation comptable linéaire | Dotation fiscale dégressive | Amortissement dérogatoire | Sens de l’écriture |
|---|---|---|---|---|
| N | 6 000 | 10 500 | 4 500 | Dotation (débit 68725 / crédit 145) |
| N+1 | 6 000 | 6 825 | 825 | Dotation (débit 68725 / crédit 145) |
| N+2 | 6 000 | 4 436 | -1 564 | Reprise (débit 145 / crédit 78725) |
| N+3 | 6 000 | 4 119 | -1 881 | Reprise (débit 145 / crédit 78725) |
| N+4 | 6 000 | 4 119 | -1 881 | Reprise (débit 145 / crédit 78725) |
| Total | 30 000 | 30 000 | 0 | Solde nul en fin de plan |
Le total amorti sur la durée complète est strictement identique dans les deux méthodes : 30 000 euros. Ce qui change, c’est la répartition dans le temps. En dégressif, les premières années concentrent davantage de charges déductibles, ce qui réduit l’impôt sur les sociétés à court terme. L’avantage fiscal est temporaire : il est repris en fin de plan lorsque le linéaire dépasse le dégressif.
L’amortissement dérogatoire est une provision réglementée, fiscalement déductible, qui figure dans la liasse fiscale. Il doit être suivi bien par bien et repris intégralement lors de la cession du bien.
La cession d’une immobilisation en cours d’amortissement
Lorsqu’une immobilisation est vendue avant la fin de son plan d’amortissement, plusieurs étapes comptables s’enchaînent.
Première étape : constater un amortissement complémentaire prorata temporis entre le début de l’exercice et la date de cession. Cette dotation complémentaire actualise la valeur nette comptable au jour de la sortie.
Deuxième étape : calculer la valeur nette comptable (VNC) à la date de cession.
VNC = Valeur brute – Amortissements cumulés (y compris la dotation complémentaire)
Troisième étape : sortir le bien du bilan en soldant le compte d’immobilisation et le compte d’amortissements cumulés, et en constatant la VNC en charge (compte 657 depuis 2025, anciennement 675).
Quatrième étape : enregistrer le produit de cession (compte 757, anciennement 775).
Le résultat de cession est la différence entre le produit de cession et la VNC. S’il est positif, c’est une plus-value. S’il est négatif, c’est une moins-value.
Exemple chiffré : une PME cède le 1er avril N un véhicule utilitaire acquis le 1er janvier N-3 pour 30 000 euros HT, amorti sur 5 ans (hypothèse de durée pour cet exemple). Prix de cession : 14 000 euros HT.
- Annuité pleine : 30 000 / 5 = 6 000 euros
- Amortissements cumulés au 31/12/N-1 (3 années pleines) : 18 000 euros
- Amortissement complémentaire (01/01/N au 01/04/N = 3 mois = 90 j / 360) : 6 000 x 0,25 = 1 500 euros
- Amortissements cumulés à la date de cession : 18 000 + 1 500 = 19 500 euros
- VNC à la date de cession : 30 000 – 19 500 = 10 500 euros
- Résultat de cession : 14 000 – 10 500 = 3 500 euros (plus-value)
| Date | Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|---|
| 01/04/N | 68112 | Dotation complémentaire amortissement véhicule (90 j) | 1 500 | |
| 01/04/N | 28182 | Amortissements matériel de transport | 1 500 | |
| 01/04/N | 28182 | Sortie du patrimoine : cumul amortissements | 19 500 | |
| 01/04/N | 657 | VNC du véhicule cédé | 10 500 | |
| 01/04/N | 2182 | Matériel de transport (valeur brute) | 30 000 | |
| 01/04/N | 462 | Créance sur cession d’immobilisation (TTC) | 16 800 | |
| 01/04/N | 757 | Produit de cession du véhicule | 14 000 | |
| 01/04/N | 44571 | TVA collectée | 2 800 |
La plus-value de 3 500 euros apparaît par différence entre le compte 757 (14 000 euros) et le compte 657 (10 500 euros) dans le compte de résultat.
La mise au rebut
Lorsqu’un bien est mis au rebut (destruction, obsolescence totale, panne irréparable) sans contrepartie financière, la procédure est similaire à une cession, mais sans produit de cession. La VNC résiduelle à la date de mise au rebut est constatée en charge (compte 657). Si le bien est entièrement amorti, la VNC est nulle et aucune charge n’est générée : les comptes 2x et 28x sont simplement soldés l’un contre l’autre.
Si le bien n’est pas entièrement amorti, il faut d’abord constater un amortissement complémentaire jusqu’à la date de mise au rebut, puis sortir le bien avec sa VNC résiduelle en charge. Cette VNC représente une perte définitive pour l’entreprise.
Bonne pratique : documenter la mise au rebut par un procès-verbal interne ou tout justificatif attestant que le bien a effectivement quitté le patrimoine (bon de destruction, facture de déchetterie, attestation de reprise). En l’absence de justificatif, un contrôle fiscal pourrait remettre en cause la sortie du bilan.
La dépréciation, différente de l’amortissement
L’amortissement et la dépréciation sont deux mécanismes distincts, souvent confondus.
L’amortissement constate une perte de valeur prévisible, certaine et irréversible, liée à l’utilisation du bien dans le temps. Il est calculé selon un plan établi à l’avance et ne dépend pas des fluctuations de marché.
La dépréciation constate une perte de valeur non prévue, liée à des événements externes ou internes qui réduisent la valeur recouvrable du bien en dessous de sa valeur nette comptable. Elle est réversible : si la situation s’améliore, la dépréciation peut être reprise.
Exemples de situations déclenchant une dépréciation : une machine dont la valeur de marché chute brutalement à cause d’une évolution technologique non anticipée, un bien endommagé dont la valeur d’usage est durablement réduite, ou encore une immobilisation dont l’utilisation est suspendue pour une longue période.
La dépréciation est comptabilisée au débit d’un compte 681 (dotations aux dépréciations) et au crédit d’un compte 29 (dépréciations des immobilisations), distinct du compte 28 utilisé pour les amortissements. Elle ne remplace pas l’amortissement : les deux coexistent sur le même bien.
Immobilisations acquises en cours d’exercice et exercices de durée non annuelle
Acquisition en cours d’exercice
Le cas le plus courant est celui d’un bien acquis et mis en service en cours d’exercice. Comme vu précédemment, la première annuité est calculée au prorata temporis sur la base du nombre de jours d’utilisation effectifs. Le plan d’amortissement s’étale alors sur un nombre d’exercices calendaires supérieur à la durée d’utilisation (par exemple, 6 exercices pour une durée de 5 ans si la mise en service a lieu en milieu d’année).
Exercices de durée non annuelle
Certaines entreprises ont un premier exercice comptable de durée inférieure ou supérieure à 12 mois (par exemple, un premier exercice de 18 mois lors de la création). Dans ce cas, le prorata temporis s’adapte à la durée réelle de l’exercice.
Exemple : un bien mis en service le 1er mars N dans une entreprise dont le premier exercice court du 1er janvier N au 30 juin N+1 (18 mois). La dotation du premier exercice couvre la période du 1er mars N au 30 juin N+1, soit 16 mois. L’annuité de ce premier exercice est : Annuité pleine x (16 / 12) si l’on raisonne en mois, ou Annuité pleine x (480 / 360) si l’on raisonne en jours selon la convention 360.
La règle générale reste la même : l’amortissement est calculé proportionnellement à la durée effective d’utilisation du bien sur chaque exercice, quelle que soit la longueur de cet exercice.
Comparaison linéaire et dégressif sur le même bien
Pour illustrer concrètement la différence entre les deux méthodes, voici les deux plans d’amortissement côte à côte pour un même bien : matériel industriel acquis le 1er janvier N pour 30 000 euros HT, durée d’utilisation retenue pour cet exemple : 5 ans. Le dégressif utilise un coefficient de 1,75 (taux dégressif = 20 % x 1,75 = 35 %).
| Exercice | Annuité linéaire | VNC linéaire | Annuité dégressive | VNC dégressive | Ecart (dégressif – linéaire) |
|---|---|---|---|---|---|
| N | 6 000 | 24 000 | 10 500 | 19 500 | +4 500 |
| N+1 | 6 000 | 18 000 | 6 825 | 12 675 | +825 |
| N+2 | 6 000 | 12 000 | 4 436 | 8 239 | -1 564 |
| N+3 | 6 000 | 6 000 | 4 119 (bascule linéaire) | 4 120 | -1 881 |
| N+4 | 6 000 | 0 | 4 119 (linéaire) | 0 | -1 881 |
| Total | 30 000 | 0 | 30 000 | 0 | 0 |
Le total amorti est identique : 30 000 euros dans les deux cas. La différence réside dans la répartition temporelle. Le dégressif concentre les charges sur les premières années, réduisant davantage le résultat imposable à court terme. La bascule vers le linéaire intervient en N+3, lorsque l’annuité linéaire résiduelle (VNC / années restantes = 8 239 / 2 = 4 120 euros) dépasse l’annuité dégressive (8 239 x 35 % = 2 884 euros).
Le dégressif n’est pas applicable à tous les biens : il est réservé aux biens neufs dont la durée d’utilisation est d’au moins 3 ans et qui figurent sur une liste limitative (matériels industriels, informatiques, de manutention). Les véhicules de tourisme, le mobilier de bureau et les immeubles en sont exclus.
Les erreurs les plus fréquentes
Calculer le prorata depuis la date de facture
L’erreur la plus répandue consiste à faire démarrer l’amortissement à la date de la facture d’achat plutôt qu’à la date de mise en service effective. Si un équipement est livré le 5 novembre mais n’est installé et opérationnel que le 3 décembre, l’amortissement doit commencer le 3 décembre. Utiliser la date de facture surévalue la première dotation et peut décaler tout le plan d’amortissement.
Amortir le terrain
Le terrain ne s’amortit jamais, quelle que soit sa situation (terrain nu, terrain bâti, terrain de parking). Lorsqu’un immeuble est acquis, il est impératif d’isoler la valeur du terrain dans un compte distinct (compte 211) pour ne pas l’inclure dans la base amortissable de la construction. Cette erreur est fréquente et peut conduire à des amortissements excessifs facilement détectables lors d’un contrôle fiscal.
Inclure la TVA récupérable dans la base amortissable
Pour une entreprise assujettie à la TVA qui récupère la taxe sur ses achats d’immobilisations, la base amortissable est le montant hors taxes. Intégrer la TVA dans la base revient à amortir une somme qui sera remboursée par l’État via la déclaration de TVA : c’est une double déduction injustifiée.
Ne jamais mettre à jour le tableau après une cession
Un bien cédé ou mis au rebut qui continue d’être amorti dans les comptes est une anomalie grave. Elle gonfle artificiellement les charges, minore le résultat et maintient au bilan des actifs qui n’existent plus. Cette situation est détectable lors d’un contrôle fiscal via le fichier des écritures comptables (FEC) et peut entraîner des redressements.
Appliquer le dégressif à un bien d’occasion
L’amortissement dégressif est réservé aux biens acquis neufs. Un matériel d’occasion, même récent, doit obligatoirement être amorti en linéaire. Appliquer le dégressif par erreur conduit à des dotations excessives réintégrables fiscalement.
Oublier de réviser le plan après un changement significatif
Si la durée d’utilisation d’un bien est révisée en cours de vie (changement d’usage, accélération de l’obsolescence, travaux prolongeant la durée de vie), le plan d’amortissement doit être mis à jour. La VNC résiduelle est étalée sur la nouvelle durée résiduelle estimée. Les dotations passées ne sont pas corrigées : seules les dotations futures sont ajustées.
Ne pas perdre la trace de ses immobilisations
L’erreur la plus coûteuse en matière d’immobilisations n’est pas un mauvais calcul de prorata : c’est l’immobilisation cédée ou mise au rebut qui continue d’être amortie pendant des années, faute de traçabilité. Ce scénario est plus fréquent qu’on ne le croit dans les TPE et PME : un ordinateur remplacé, un véhicule vendu, un agencement démoli lors d’un déménagement, et le plan d’amortissement continue de tourner en arrière-plan, générant des charges fictives et des actifs fantômes au bilan.
Pour éviter ce piège, la condition première est de pouvoir retrouver rapidement la facture d’acquisition de chaque bien, sa date d’achat et sa date de mise en service. Sans ces informations, il est impossible de calculer correctement le prorata de la première année, de déterminer la VNC au moment de la cession, ou de justifier le plan d’amortissement lors d’un contrôle.
Djaboo centralise les achats et les dépenses avec leurs justificatifs, ce qui permet de retrouver en quelques clics la facture d’acquisition d’une immobilisation et sa date, de rapprocher chaque dépense avec son document source, et de disposer d’une base documentaire fiable pour alimenter et mettre à jour le registre des immobilisations.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre amortissement linéaire et amortissement dégressif ?
L’amortissement linéaire répartit la valeur du bien en annuités constantes sur toute la durée d’utilisation. C’est la méthode de droit commun, applicable à tous les biens amortissables. L’amortissement dégressif applique un coefficient fiscal au taux linéaire pour générer des annuités plus élevées les premières années et décroissantes ensuite. Il est réservé aux biens neufs dont la durée d’utilisation est d’au moins 3 ans et qui figurent sur une liste limitative définie par la loi. Le total amorti sur la durée complète est identique dans les deux méthodes : seule la répartition dans le temps diffère. Le dégressif offre un avantage de trésorerie immédiat (moins d’impôt à payer les premières années) mais génère des reprises d’amortissements dérogatoires en fin de plan.
Quand commence exactement l’amortissement linéaire ?
L’amortissement linéaire commence à la date de mise en service du bien, c’est-à-dire au moment où l’immobilisation est en état de fonctionner conformément à l’usage prévu. Ce n’est pas la date de commande, ni la date de livraison, ni la date de la facture. Si un bien est livré le 10 mars mais n’est installé et opérationnel que le 2 avril, l’amortissement commence le 2 avril. Cette date doit être documentée (procès-verbal de réception, bon de mise en service, attestation interne) car elle conditionne le calcul de la première annuité et peut être vérifiée lors d’un contrôle fiscal.
Comment calculer le prorata temporis en amortissement linéaire ?
Le prorata temporis se calcule en divisant le nombre de jours d’utilisation du bien sur l’exercice par 360 (convention française). Le nombre de jours se décompte de la date de mise en service jusqu’à la date de clôture de l’exercice (en général le 31 décembre). Chaque mois est réputé compter 30 jours. Exemple : un bien mis en service le 1er octobre a été utilisé 90 jours (3 mois x 30 jours) sur l’exercice. Sa première annuité est égale à l’annuité pleine x (90 / 360) = annuité pleine x 0,25. La même logique s’applique à la dernière annuité, qui couvre la période du 1er janvier jusqu’à la date anniversaire de la mise en service.
Le terrain peut-il être amorti ?
Non, jamais. Le terrain est un bien dont la durée d’utilisation est indéterminée : il ne s’use pas, ne vieillit pas et ne devient pas obsolète au sens économique. Même lorsqu’un bâtiment est construit dessus, le terrain conserve sa valeur propre et doit être isolé dans un compte distinct (compte 211) pour ne pas être inclus dans la base amortissable de la construction. Amortir un terrain est une erreur comptable grave qui surévalue les charges et peut être requalifiée lors d’un contrôle fiscal.
Qu’est-ce que l’amortissement dérogatoire et quand faut-il le comptabiliser ?
L’amortissement dérogatoire est l’écart entre l’amortissement fiscal (généralement dégressif) et l’amortissement comptable (généralement linéaire). Lorsque l’entreprise opte pour le dégressif fiscal sur un bien dont la dépréciation économique est linéaire, elle doit comptabiliser cet écart en provision réglementée (compte 145 au passif). Les premières années, lorsque le dégressif est supérieur au linéaire, elle passe une dotation (débit 68725 / crédit 145). Les dernières années, lorsque le linéaire dépasse le dégressif, elle passe une reprise (débit 145 / crédit 78725). L’amortissement dérogatoire doit être repris intégralement lors de la cession du bien.
Comment comptabiliser la cession d’une immobilisation en cours d’amortissement ?
La cession d’une immobilisation en cours d’amortissement suit quatre étapes. Premièrement, constater un amortissement complémentaire prorata temporis entre le début de l’exercice et la date de cession. Deuxièmement, calculer la VNC à la date de cession (valeur brute moins amortissements cumulés incluant le complémentaire). Troisièmement, sortir le bien du bilan en débitant le compte d’amortissements cumulés et le compte 657 (VNC) et en créditant le compte d’immobilisation (valeur brute). Quatrièmement, enregistrer le produit de cession au crédit du compte 757. La plus-value ou moins-value apparaît par différence entre le compte 757 et le compte 657 dans le compte de résultat.
Que se passe-t-il quand un bien est entièrement amorti mais toujours utilisé ?
Lorsqu’un bien arrive à valeur nette comptable nulle mais reste en service, il demeure inscrit au bilan pour sa valeur brute au débit du compte d’immobilisation et pour le même montant au crédit du compte d’amortissements cumulés. Aucune dotation supplémentaire n’est passée : le bien est entièrement consommé comptablement. Il reste au bilan jusqu’à sa sortie effective (cession, mise au rebut, destruction). À ce moment, les deux comptes sont soldés l’un contre l’autre sans impact sur le résultat si le bien est entièrement amorti et cédé à prix nul.
Peut-on modifier un plan d’amortissement en cours de vie du bien ?
Oui, le plan d’amortissement peut être révisé si des événements significatifs modifient la durée d’utilisation prévisible du bien : changement d’usage, accélération de l’obsolescence, travaux prolongeant la durée de vie, dépréciation constatée. La révision est prospective : les dotations passées ne sont pas corrigées. La VNC résiduelle à la date de révision est étalée sur la nouvelle durée résiduelle estimée. La modification doit être documentée et justifiée dans l’annexe aux comptes annuels. Elle ne peut pas être utilisée discrétionnairement pour minorer ou majorer le résultat.
Quelle est la différence entre amortissement et dépréciation ?
L’amortissement constate une perte de valeur prévisible, certaine et irréversible, liée à l’utilisation du bien dans le temps. Il est calculé selon un plan établi à l’avance, indépendamment des conditions de marché. La dépréciation constate une perte de valeur non prévue, liée à des événements externes ou internes qui réduisent la valeur recouvrable du bien en dessous de sa VNC. Elle est réversible : si la situation s’améliore, la dépréciation peut être reprise. Les deux mécanismes peuvent coexister sur le même bien : un équipement peut être amorti selon son plan tout en faisant l’objet d’une dépréciation si sa valeur de marché chute brutalement.
Comment fonctionne l’amortissement par composants et quand est-il obligatoire ?
L’amortissement par composants est obligatoire dès qu’une immobilisation corporelle regroupe des éléments dont les durées d’utilisation sont significativement différentes. Chaque composant est alors amorti séparément sur sa propre durée. Le cas le plus fréquent est l’immeuble professionnel, dont la structure, la toiture, les installations techniques et les aménagements intérieurs ont des durées de vie très différentes. La décomposition doit être effectuée dès l’acquisition du bien, sur la base des informations disponibles (mémoires d’architectes, devis détaillés, expertises techniques). Lorsqu’un composant est remplacé, l’ancien est sorti du bilan et le nouveau est activé comme une nouvelle immobilisation amortie sur sa propre durée.
Quelle est la règle pour les exercices comptables de durée non annuelle ?
Pour un exercice de durée inférieure ou supérieure à 12 mois (premier exercice lors de la création, exercice de transition lors d’un changement de date de clôture), le prorata temporis s’adapte à la durée réelle de l’exercice. L’annuité est calculée proportionnellement au nombre de jours d’utilisation du bien sur l’exercice, rapporté à 360 jours. Si un bien est mis en service le 1er mars dans une entreprise dont le premier exercice court du 1er janvier au 30 juin (6 mois), la dotation du premier exercice couvre 4 mois (du 1er mars au 30 juin), soit 120 jours / 360 = 1/3 de l’annuité pleine. Les exercices suivants, s’ils sont de 12 mois, reçoivent une annuité pleine jusqu’au dernier exercice qui reçoit le complément.










