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Provision pour créance douteuse : calcul, écritures et fiscalité

Provision pour créance douteuse : calcul, écritures et fiscalité

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Une provision pour créance douteuse constate le risque de ne pas encaisser une facture, avant que la perte ne soit certaine. Sa déductibilité fiscale obéit à quatre conditions précises.

Ce qu’est une créance douteuse

La définition comptable

Une créance devient douteuse lorsque son recouvrement est compromis, sans être encore définitivement perdu. Le doute doit reposer sur des éléments concrets, pas sur une impression générale.

Cette notion se distingue de deux autres. La créance litigieuse est contestée par le client, sur le principe ou sur le montant. La créance irrécouvrable est définitivement perdue, ce qui suppose que toutes les voies de recouvrement ont été épuisées.

Le plan comptable général regroupe les deux premières dans le compte 416, clients douteux ou litigieux, et traite la troisième par une sortie du bilan.

État de la créance Caractéristique Traitement comptable
Ordinaire Échéance non dépassée ou retard simple Reste au compte 411
Douteuse Recouvrement compromis, perte probable Transfert au 416 et dépréciation
Litigieuse Contestée par le client Transfert au 416 et dépréciation selon le risque
Irrécouvrable Perte certaine et définitive Sortie du bilan en charge

Les indices qui déclenchent le classement

Le passage en douteux ne relève pas d’une règle automatique liée à l’ancienneté. Il repose sur un faisceau d’indices, dont la solidité conditionne la déductibilité fiscale de la provision.

Le premier indice est l’ouverture d’une procédure collective à l’encontre du client : sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire. C’est l’élément le plus solide, car il est public et daté.

Le deuxième est l’échec des démarches de recouvrement. Des relances restées sans réponse, une mise en demeure non suivie d’effet, un dossier confié à un cabinet de recouvrement sans résultat constituent une trace utilisable.

Le troisième est la contestation du client, lorsqu’elle porte sur le fond et qu’elle est formalisée par écrit.

Le quatrième est la disparition ou l’insolvabilité manifeste du débiteur : entreprise radiée, courrier revenu, coordonnées inexploitables.

L’ancienneté seule ne suffit pas. Une facture impayée depuis huit mois chez un client solvable qui conteste une ligne n’est pas dans la même situation qu’une facture de trois mois chez un client en liquidation. Le classement des créances par ancienneté, décrit dans l’article sur la balance âgée, sert à repérer les candidates, pas à décider seul.

Indice Force probante Justificatif à conserver
Procédure collective ouverte Très forte Jugement ou publication officielle
Mise en demeure sans effet Forte Courrier recommandé et accusé de réception
Dossier en recouvrement Forte Mandat et comptes rendus du prestataire
Contestation écrite du client Moyenne à forte Courrier ou courriel du client
Débiteur introuvable Forte Courrier retourné, radiation au registre
Simple ancienneté Faible seule Insuffisant pour la déductibilité

Le classement au compte 416

La première écriture ne constate aucune charge. Elle déplace la créance du compte 411 vers le compte 416, pour isoler les créances à risque du reste de l’encours.

Compte Intitulé Débit Crédit
416 Clients douteux ou litigieux 9 600 €
411 Clients 9 600 €

Le montant transféré est le montant toutes taxes comprises, puisque c’est la créance entière qui devient douteuse. Le mécanisme d’ensemble du poste clients est développé dans l’article sur le compte 411 clients.

Ce transfert a un effet utile au-delà de la comptabilité : il sort la créance des listes de relance commerciale ordinaire et la fait basculer dans un circuit de recouvrement dédié.

La dépréciation : calcul et comptabilisation

Sur quel montant se calcule la dépréciation

La dépréciation se calcule sur le montant hors taxes de la créance, jamais sur le montant toutes taxes comprises.

La raison est simple : si la perte devient définitive, l’entreprise pourra récupérer la TVA qu’elle a déjà reversée à l’État. Cette part de la créance n’est donc pas perdue, et la déprécier reviendrait à constater une charge qui ne se produira pas.

Sur une créance de 9 600 euros toutes taxes comprises au taux de 20 %, la base de dépréciation est donc de 8 000 euros.

Comment estimer le taux de dépréciation

Le taux doit refléter le risque réel, apprécié créance par créance. Une provision appliquée uniformément à tout un poste n’est pas admise fiscalement.

L’estimation s’appuie sur la situation du débiteur. Une liquidation judiciaire sans actif conduit à une dépréciation de la totalité. Un redressement judiciaire avec plan de continuation permet souvent de retenir un taux partiel, cohérent avec le plan. Un litige commercial portant sur une prestation contestée se déprécie à hauteur du montant contesté.

Situation du débiteur Taux généralement retenu Justification
Liquidation judiciaire sans actif 100 % Aucune perspective de règlement
Redressement avec plan Selon le plan Échéancier homologué
Recouvrement infructueux Élevé, à motiver Historique des démarches
Litige sur une partie de la prestation Montant contesté Correspondance avec le client
Retard important, client solvable Faible ou nul Le risque doit rester probable

L’écriture de dotation

La dépréciation se constate par une dotation, charge d’exploitation, en contrepartie d’un compte de dépréciation qui vient en diminution de l’actif.

Compte Intitulé Débit Crédit
68174 Dotations pour dépréciation des créances 8 000 €
491 Dépréciation des comptes de clients 8 000 €

Cette écriture réduit le résultat de l’exercice sans mouvementer la trésorerie. Elle traduit exactement ce qu’est une provision : la reconnaissance comptable d’un risque, avant sa réalisation.

Le suivi d’un exercice à l’autre

L’ajustement de la dépréciation

À chaque clôture, chaque créance douteuse est réexaminée et la dépréciation ajustée. Trois cas se présentent.

Si le risque s’aggrave, une dotation complémentaire est passée pour la différence. Si le risque diminue, une reprise partielle est constatée. Si la situation est inchangée, aucune écriture n’est nécessaire, la dépréciation restant au bilan.

Ce réexamen n’est pas facultatif. Une dépréciation maintenue sans justification d’un exercice à l’autre est l’un des points que contrôle l’administration, au même titre qu’une dépréciation insuffisamment motivée.

La reprise en cas d’encaissement

Lorsque le client règle finalement, deux écritures s’enchaînent. L’encaissement solde la créance au 416, et la dépréciation devenue sans objet est reprise en produit.

Compte Intitulé Débit Crédit
512 Banque 9 600 €
416 Clients douteux 9 600 €
491 Dépréciation des comptes de clients 8 000 €
78174 Reprises sur dépréciation des créances 8 000 €

La reprise constitue un produit d’exploitation, qui augmente le résultat de l’exercice au cours duquel elle intervient. Un résultat gonflé par des reprises importantes doit être lu avec précaution : il traduit une correction d’estimations passées, pas une performance nouvelle.

Le passage en perte définitive

Les conditions

La créance devient irrécouvrable lorsque son caractère définitivement perdu est établi. Une clôture de liquidation judiciaire pour insuffisance d’actif, un certificat d’irrécouvrabilité délivré par un huissier, ou la disparition avérée du débiteur en constituent la preuve.

Le simple constat d’un impayé ancien ne suffit pas. C’est la différence essentielle avec la provision : celle-ci constate un risque probable, la perte constate une certitude acquise.

Les écritures

La créance sort du bilan par le débit du compte 654, pertes sur créances irrécouvrables, pour son montant hors taxes, et du compte de TVA pour la taxe récupérée. La dépréciation antérieurement constituée est simultanément reprise.

Compte Intitulé Débit Crédit
654 Pertes sur créances irrécouvrables 8 000 €
44571 TVA collectée 1 600 €
416 Clients douteux 9 600 €
491 Dépréciation des comptes de clients 8 000 €
78174 Reprises sur dépréciation 8 000 €

La récupération de la TVA

L’entreprise récupère la TVA qu’elle a collectée et reversée sur une facture finalement impayée. Cette récupération est subordonnée à une condition de forme trop souvent négligée : l’envoi au client d’un duplicata de la facture portant la mention prévue par les textes, indiquant que l’opération reste impayée et que la TVA correspondante ne peut pas être déduite par le client.

Cette formalité protège le Trésor d’une double perte, puisque le client défaillant a pu déduire une TVA que le fournisseur n’a jamais encaissée. Sans ce duplicata, la récupération est refusée en contrôle, même lorsque le caractère irrécouvrable ne fait aucun doute.

Le moment de la récupération diffère selon la situation. Sur une créance devenue définitivement irrécouvrable, la TVA se récupère au moment où l’irrécouvrabilité est établie. En procédure collective, elle peut l’être dès la décision de justice constatant l’impossibilité de recouvrer.

Le traitement fiscal de la provision

Les quatre conditions de déductibilité

Une provision pour créance douteuse n’est déductible du résultat imposable que si elle satisfait simultanément quatre conditions. Leur non-respect est le motif de redressement le plus fréquent sur ce poste.

La perte doit être nettement précisée quant à sa nature et son montant. Une provision globale calculée sur un pourcentage de l’encours ne répond pas à cette exigence : il faut désigner les créances concernées, une par une, et motiver le taux retenu pour chacune.

La perte doit être probable, et non simplement éventuelle. La probabilité s’apprécie à partir d’éléments objectifs constatés, pas d’une appréciation prudente du dirigeant.

Les événements qui rendent la perte probable doivent être en cours à la clôture de l’exercice. Une créance devenue douteuse trois mois après la clôture ne peut pas être provisionnée au titre de l’exercice clos, même si l’information est connue au moment d’établir les comptes.

La provision doit être effectivement constatée dans les écritures comptables de l’exercice et figurer sur le tableau des provisions de la liasse fiscale. Une provision comptabilisée mais non déclarée peut être remise en cause, tout comme une déduction extra-comptable sans écriture.

Condition Ce qu’elle exige Erreur qui la fait échouer
Perte nettement précisée Créance identifiée et montant motivé Pourcentage forfaitaire sur l’encours
Perte probable Éléments objectifs sur le débiteur Simple ancienneté de la facture
Événement en cours à la clôture Fait générateur antérieur au bilan Défaillance survenue après la clôture
Constatation en comptabilité Écriture passée et provision déclarée Déduction extra-comptable seule

Les provisions statistiques et forfaitaires

Les provisions calculées par application d’un taux moyen à l’ensemble des créances, même fondées sur un historique de pertes réel, sont en principe rejetées. La logique fiscale exige une appréciation individuelle du risque, là où la logique statistique raisonne sur un portefeuille.

Cette différence de raisonnement explique un décalage fréquent entre comptabilité et fiscalité dans les entreprises qui ont beaucoup de petites créances. La solution consiste à documenter, pour chaque créance provisionnée, l’élément qui fonde le doute, et à accepter une réintégration extra-comptable pour la part forfaitaire éventuellement conservée en comptabilité.

Le sort de la reprise et de la perte

Symétriquement, la reprise d’une provision antérieurement déduite constitue un produit imposable. Et la perte définitive est déductible l’exercice où l’irrécouvrabilité est établie, la reprise concomitante de la provision neutralisant l’effet sur le résultat imposable.

Ce mécanisme explique pourquoi le passage en perte d’une créance intégralement provisionnée est fiscalement neutre : la charge de 654 est compensée par la reprise en produit du compte 78174. L’effet fiscal s’est produit l’année de la dotation, pas celle de la perte.

Un exemple suivi sur trois exercices

Une facture de 9 600 euros toutes taxes comprises, soit 8 000 euros hors taxes, émise en mars de l’année N.

Exercice N

En novembre, le client cesse de répondre aux relances et une mise en demeure reste sans effet. À la clôture du 31 décembre, la créance est classée en douteuse et dépréciée à hauteur de 50 %, taux motivé par l’absence de procédure collective mais l’échec des démarches amiables.

Écriture Compte débité Compte crédité Montant
Classement en douteux 416 411 9 600 €
Dotation à 50 % 68174 491 4 000 €

Le résultat de l’exercice N est diminué de 4 000 euros, et la provision est déductible si le dossier de relance est conservé.

Exercice N+1

En juin, le client est placé en liquidation judiciaire. Le mandataire indique que l’actif ne permettra aucune répartition aux créanciers chirographaires. À la clôture, la dépréciation est portée à 100 %.

Écriture Compte débité Compte crédité Montant
Dotation complémentaire 68174 491 4 000 €

Le résultat de N+1 supporte les 4 000 euros restants. La dépréciation totale atteint 8 000 euros, soit l’intégralité du montant hors taxes.

Exercice N+2

La clôture de la liquidation pour insuffisance d’actif est prononcée. La créance devient irrécouvrable. L’entreprise passe la perte, récupère la TVA après envoi du duplicata au mandataire, et reprend la dépréciation.

Écriture Compte débité Compte crédité Montant
Perte hors taxes 654 416 8 000 €
TVA récupérée 44571 416 1 600 €
Reprise de la dépréciation 491 78174 8 000 €

L’effet sur le résultat de N+2 est nul, la charge de 8 000 euros étant compensée par la reprise du même montant. La perte a été supportée par les exercices N et N+1, ce qui est précisément l’objet du mécanisme de provision.

Provisionner moins en encaissant mieux

Une provision est un constat, pas une solution. Les leviers qui réduisent réellement le poste se situent en amont.

Vérifier la solvabilité avant de vendre

La consultation des comptes publiés et des procédures en cours coûte quelques minutes et évite l’essentiel des sinistres importants. Sur les montants significatifs, cette vérification devrait être un passage obligé avant l’acceptation de la commande.

Facturer vite et relancer tôt

Le taux de recouvrement se dégrade avec le temps écoulé. Une relance à sept jours après l’échéance obtient un résultat sans commune mesure avec une relance à quatre-vingt-dix jours, et coûte infiniment moins cher que la procédure qui suivra. Les mécanismes de relance sont détaillés dans l’article sur la relance de facture impayée.

Demander un acompte

Un acompte à la commande remplit deux fonctions. Il réduit l’exposition, et il constitue un test de solvabilité immédiat : un client qui ne peut pas verser 30 % à la commande ne réglera pas mieux le solde à la livraison.

Structurer l’escalade

Une procédure écrite, avec des délais et des responsables, transforme le recouvrement en processus au lieu d’en faire une suite d’initiatives individuelles. Les étapes contentieuses sont développées dans l’article sur le recouvrement de créances.

Levier Moment Effet sur le risque
Vérification de solvabilité Avant la commande Évite les sinistres majeurs
Acompte à la commande À la signature Réduit l’exposition et teste le client
Facturation immédiate À la livraison Raccourcit le délai global
Relance à sept jours Après l’échéance Meilleur taux de récupération
Mise en demeure formalisée Après deux relances Constitue la preuve pour la provision
Assurance-crédit ou affacturage En amont Transfère tout ou partie du risque

Créance douteuse et procédure collective

L’ouverture d’une procédure collective chez un client change tout : elle fournit la justification la plus solide pour provisionner, mais elle impose aussi des obligations dont l’oubli fait perdre définitivement la créance.

La déclaration de créance

Dès la publication du jugement d’ouverture, le créancier doit déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire. Le délai est de deux mois à compter de la publication au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, porté à quatre mois pour les créanciers domiciliés hors de France métropolitaine.

Une créance non déclarée dans ce délai n’est pas éteinte, mais elle devient inopposable à la procédure : concrètement, elle ne participe à aucune répartition. Le relevé de forclusion existe, mais il suppose de démontrer que le défaut de déclaration n’est pas dû au créancier lui-même, ce qui est rarement acquis.

La déclaration porte sur le montant toutes taxes comprises, en distinguant les sommes échues et à échoir, et s’accompagne des justificatifs : factures, bons de commande, bons de livraison, conditions générales de vente.

L’incidence sur la provision

Le type de procédure oriente le taux de dépréciation à retenir, sans le déterminer mécaniquement.

Procédure Perspective de recouvrement Taux généralement retenu
Sauvegarde Poursuite d’activité, plan à venir Partiel, selon le plan envisagé
Redressement judiciaire avec plan Échéancier homologué Aligné sur l’échéancier
Redressement sans plan arrêté Incertitude forte Élevé, à réviser à la clôture suivante
Liquidation avec actif Répartition possible mais partielle Selon les indications du mandataire
Liquidation sans actif Aucune Totalité

Le rang du créancier

Le montant réellement récupéré dépend du rang. Les créances nées régulièrement après le jugement d’ouverture bénéficient d’un traitement préférentiel. Les créances antérieures se répartissent selon les privilèges, le fournisseur ordinaire arrivant en dernier, comme créancier chirographaire.

Cette hiérarchie explique pourquoi un fournisseur sans garantie recouvre rarement une part significative de sa créance en liquidation, et pourquoi la dépréciation à 100 % est souvent la position réaliste, même lorsque la procédure affiche un actif.

La clause de réserve de propriété

Lorsqu’elle a été valablement stipulée et acceptée avant la livraison, la clause de réserve de propriété permet de revendiquer les marchandises non payées et encore identifiables. Elle transforme un créancier chirographaire en propriétaire, ce qui change complètement l’issue.

Sa mise en œuvre suppose une action en revendication dans un délai de trois mois à compter de la publication du jugement d’ouverture. Cette échéance courte est la raison pour laquelle la clause, souvent présente dans les conditions générales, produit rarement son effet en pratique.

Les créances sur des clients étrangers

La créance sur un client établi hors de France suit la même logique comptable, avec trois particularités.

La première tient au risque de change lorsque la facture est libellée en devise. À la clôture, la créance est convertie au cours de clôture, l’écart formant une différence de conversion. La dépréciation pour risque de non-recouvrement se calcule sur le montant converti, distinctement de l’écart de change.

La deuxième tient à la TVA. Sur une livraison intracommunautaire ou une exportation exonérée, aucune TVA n’a été collectée, donc il n’y a rien à récupérer et la base de dépréciation est le montant total de la facture.

La troisième tient à la difficulté du recouvrement lui-même. Les délais et les coûts d’une procédure à l’étranger conduisent souvent à retenir un taux de dépréciation plus élevé qu’une situation comparable en France, ce qui se justifie à condition de le documenter.

Assurance-crédit et transfert du risque

L’assurance-crédit couvre le risque d’impayé moyennant une prime et un agrément préalable des clients. Son existence modifie le calcul de la dépréciation.

La part de la créance couverte par l’assureur ne présente plus de risque de perte pour l’entreprise, sous réserve que les conditions de garantie soient respectées. La dépréciation ne porte donc que sur la part non couverte, généralement la franchise et le pourcentage laissé à charge.

Deux conditions déterminent la validité de ce raisonnement. L’encours doit être resté dans la limite agréée par l’assureur, car un dépassement n’est pas couvert. Et les délais de déclaration de sinistre doivent avoir été respectés, faute de quoi la garantie tombe et la créance redevient intégralement à risque.

L’affacturage produit un effet voisin lorsqu’il est conclu sans recours, l’établissement prenant à sa charge le risque d’impayé. Le mécanisme et ses variantes sont développés dans l’article sur l’affacturage.

Dispositif Ce qui est transféré Effet sur la dépréciation
Assurance-crédit Le risque, dans la limite agréée Ne déprécier que la part à charge
Affacturage sans recours Le risque et le recouvrement Créance sortie du poste clients
Affacturage avec recours Le financement seulement Risque conservé, dépréciation inchangée
Garantie bancaire ou caution Le risque à hauteur de la garantie Déprécier le solde non garanti
Réserve de propriété Rien, mais permet la revendication Réduire si les biens sont identifiables

L’effet sur les états financiers

Au bilan

La dépréciation figure en diminution de l’actif circulant, dans la colonne des amortissements et dépréciations. Le poste « Créances clients et comptes rattachés » apparaît donc pour sa valeur nette, celle que l’entreprise estime réellement recouvrer.

Cette présentation a une conséquence sur la lecture des ratios. Un encours client apparemment stable d’un exercice à l’autre peut recouvrir une créance brute en forte hausse compensée par des dépréciations croissantes, situation nettement moins favorable. La comparaison des montants bruts, disponibles en annexe, est donc indispensable.

Au compte de résultat

La dotation est une charge d’exploitation, ce qui la place en dessous de l’excédent brut d’exploitation et au-dessus du résultat d’exploitation. Une entreprise dont l’EBE est stable mais dont le résultat d’exploitation se dégrade peut donc voir sa performance affectée par ses seules dépréciations de créances, lecture développée dans l’article sur les soldes intermédiaires de gestion.

La perte définitive, elle, s’enregistre au compte 654, également en charge d’exploitation. Ce choix du plan comptable traduit l’idée qu’un impayé fait partie des aléas normaux de l’activité commerciale, et non d’un événement exceptionnel.

Dans l’annexe

L’annexe des comptes annuels doit présenter le tableau des dépréciations, avec les montants d’ouverture, les dotations, les reprises et le solde de clôture. Ce tableau est le premier document consulté lors d’un contrôle, et sa cohérence avec les écritures conditionne la solidité du dossier.

Questions fréquentes

À partir de combien de jours de retard faut-il provisionner ?

Aucun seuil de jours ne déclenche à lui seul une provision. Le critère est la probabilité de perte, établie par des éléments relatifs au débiteur. Une politique interne peut fixer un seuil de déclenchement de l’examen, par exemple quatre-vingt-dix jours, mais l’examen doit ensuite porter sur la situation réelle du client.

Peut-on provisionner une créance contestée ?

Oui, à hauteur du montant contesté et du risque estimé de perdre la contestation. Une créance intégralement contestée sur un fondement sérieux se déprécie plus largement qu’un litige portant sur une ligne accessoire.

Que devient la provision si le client règle partiellement ?

Le règlement partiel réduit la créance et conduit à réexaminer la dépréciation à la clôture suivante. Un paiement partiel spontané est d’ailleurs un indice favorable, qui justifie souvent de réduire le taux retenu.

Une micro-entreprise doit-elle provisionner ?

Une entreprise relevant du régime micro tient une comptabilité de trésorerie et n’enregistre ni créances ni provisions : un impayé se traduit simplement par l’absence de recette. La question ne se pose que pour les entreprises tenant une comptabilité d’engagement.

La provision permet-elle de récupérer la TVA ?

Non. La provision est une écriture comptable et fiscale qui ne touche pas à la TVA. La récupération de la taxe suppose que la créance soit devenue définitivement irrécouvrable, et l’envoi au client du duplicata portant la mention prévue.

Faut-il continuer à relancer une créance provisionnée ?

Oui. La provision ne modifie ni l’existence de la créance ni les délais de prescription. Abandonner le recouvrement au motif que la perte est comptabilisée revient à transformer un risque provisionné en perte certaine.

Les erreurs qui reviennent

Erreur Conséquence Correction
Déprécier le montant toutes taxes comprises Charge surévaluée et réintégration Déprécier le montant hors taxes
Appliquer un taux forfaitaire à l’encours Provision non déductible Motiver créance par créance
Provisionner sur la seule ancienneté Condition de probabilité non remplie Réunir des éléments sur le débiteur
Provisionner un événement postérieur à la clôture Rattachement au mauvais exercice Provisionner sur l’exercice suivant
Récupérer la TVA sans duplicata Récupération refusée en contrôle Envoyer le duplicata avec la mention requise
Ne pas réexaminer les provisions anciennes Dépréciations maintenues sans objet Revue à chaque clôture

Une septième erreur mérite d’être isolée : confondre la provision avec l’abandon du recouvrement. Provisionner une créance ne l’éteint pas et n’interrompt aucune prescription. Le dossier doit continuer à être suivi, et il n’est pas rare qu’une créance intégralement dépréciée finisse par être encaissée après une procédure aboutie.

Provision pour créance douteuse et Djaboo : ce que l’outil apporte

Djaboo est un logiciel de gestion tout-en-un pour TPE et PME, doté d’un module de comptabilité. Sur ce sujet, il couvre l’amont et le suivi, pas le traitement de clôture.

L’encours par client et le montant échu se lisent dans le rapport des factures, avec leur ancienneté, ce qui donne la liste des créances candidates au classement en douteuses. Les factures, les règlements partiels et les avoirs sont rattachés à chaque client, ce qui permet de reconstituer le dossier d’une créance contestée. Le plan comptable accepte la création des comptes nécessaires et les écritures peuvent y être saisies. Les rapports sur les paiements et les modes de règlement complètent la vision du comportement de paiement de chaque client.

Deux limites doivent être dites clairement. L’outil ne bascule pas automatiquement une créance en douteuse et ne calcule aucune dépréciation : la dotation, son ajustement annuel et la reprise sont des écritures à passer, généralement avec votre expert-comptable. Et il ne produit ni le tableau des provisions de la liasse fiscale ni le duplicata de facture requis pour récupérer la TVA.

Ce qu’il apporte est donc la matière du dossier : qui doit quoi, depuis quand, et avec quel historique de règlement.

Ce qu’il faut retenir en 2026

La provision pour créance douteuse se calcule sur le montant hors taxes, créance par créance, et repose sur des éléments objectifs relatifs au débiteur. L’ancienneté seule ne suffit ni comptablement ni fiscalement.

Quatre conditions commandent la déductibilité : une perte nettement précisée, probable, née d’un événement antérieur à la clôture, et effectivement comptabilisée. Le forfait appliqué à l’encours échoue sur la première.

Et le passage en perte définitive suppose une preuve, pas une conviction. La récupération de la TVA qui l’accompagne exige un duplicata portant la mention prévue, formalité oubliée dans la plupart des dossiers redressés.

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