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Rapprochement bancaire : méthode, synchronisation et automatisation

Rapprochement bancaire : méthode, synchronisation et automatisation

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Chaque mois, des milliers de dirigeants de TPE et PME françaises clôturent leurs comptes avec un doute persistant : le solde affiché dans leur comptabilité correspond-il vraiment à ce que leur banque enregistre ? Ce doute, s’il n’est pas levé par une procédure rigoureuse, peut coûter cher. Erreurs de saisie non détectées, frais bancaires oubliés, virements en suspens, voire tentatives de fraude : autant de situations que le rapprochement bancaire permet d’identifier et de corriger avant qu’elles ne deviennent des problèmes sérieux. Cet article vous explique ce qu’est le rapprochement bancaire, comment la synchronisation automatique a transformé cette pratique, et comment mettre en place une méthode solide pour piloter votre trésorerie en toute confiance.

Le rapprochement bancaire : définition et pourquoi c’est indispensable

Le rapprochement bancaire est une opération de contrôle comptable qui consiste à comparer, sur une même période, les mouvements enregistrés dans votre comptabilité interne (le compte 512 « Banques ») avec ceux figurant sur votre relevé bancaire officiel. L’objectif est simple : vérifier que ces deux sources d’information concordent, et identifier tout écart qui mérite une explication ou une correction.

Ce contrôle repose sur un principe fondamental : votre entreprise et votre banque tiennent deux comptabilités symétriques mais inversées. Ce qui constitue un débit dans votre compte 512 apparaît comme un crédit sur votre relevé bancaire, et inversement. Cette réciprocité impose une vigilance constante lors du pointage des opérations.

Pourquoi est-ce indispensable ?

Le rapprochement bancaire n’est pas une obligation légale au sens strict. Aucun texte ne le cite nommément comme une procédure obligatoire. Cependant, l’article L123-12 du Code de commerce impose à toute personne ayant la qualité de commerçant de tenir une comptabilité régulière et sincère. Sans rapprochement bancaire, il est impossible de garantir cette sincérité, car vous ne pouvez pas certifier que vos disponibilités au bilan reflètent la réalité.

En pratique, l’administration fiscale peut, lors d’un contrôle, exiger le Fichier des Écritures Comptables (FEC) en vertu de l’article L.47 A du Livre des procédures fiscales, et le comparer directement aux relevés bancaires. Des écarts récurrents et non justifiés constituent un signal d’alerte qui peut déclencher un examen approfondi, voire un redressement.

Au-delà de l’aspect réglementaire, le rapprochement bancaire remplit plusieurs fonctions essentielles pour votre gestion quotidienne :

Détecter les erreurs de saisie. Un montant inversé, un zéro ajouté ou une virgule mal placée peut fausser votre résultat et vos déclarations fiscales. Le rapprochement est souvent le seul moment où ces erreurs sont découvertes.

Identifier les opérations oubliées. Les frais bancaires, commissions d’intervention, agios et prélèvements automatiques ne font généralement pas l’objet d’une facture préalable. Ils apparaissent sur le relevé sans avoir été anticipés en comptabilité.

Repérer les anomalies et la fraude. Un prélèvement inconnu, un double débit ou un virement vers un compte non identifié : autant de signaux que seul un rapprochement régulier permet de détecter rapidement.

Fiabiliser votre vision de trésorerie. Un solde comptable non rapproché est une donnée approximative. Un solde rapproché est une donnée fiable sur laquelle vous pouvez prendre des décisions.

Faciliter les clôtures. Retracer douze mois d’opérations non rapprochées lors de la clôture annuelle est une tâche redoutable. Un rapprochement mensuel transforme cette clôture en simple vérification.

Rapprochement manuel ou synchronisation automatique : ce qui change

Pendant longtemps, le rapprochement bancaire s’est effectué manuellement : on imprimait le relevé bancaire, on ouvrait le grand livre du compte 512, et on pointait ligne par ligne, en cochant les opérations identiques sur les deux documents. Cette méthode, encore pratiquée par de nombreuses TPE, présente des limites évidentes.

Les limites du rapprochement manuel

La saisie manuelle est chronophage. Pour une structure avec une trentaine d’opérations mensuelles, un rapprochement manuel prend entre quinze et trente minutes. Pour une PME traitant plusieurs centaines de transactions par mois, ce temps peut dépasser plusieurs heures, mobilisant des ressources précieuses sur une tâche répétitive plutôt que sur l’analyse.

Le risque d’erreur humaine est élevé. Au-delà de deux cents transactions par mois, l’attention se relâche. Les frais bancaires identiques d’un mois à l’autre passent inaperçus. Un écart de quelques euros est ignoré par fatigue. Ces petites négligences s’accumulent et peuvent représenter des montants significatifs sur un exercice complet.

La traçabilité est difficile à assurer. Un fichier Excel modifié sans historique ne constitue pas une preuve robuste en cas de contrôle fiscal. Reconstituer les corrections effectuées plusieurs mois auparavant relève souvent de l’impossible.

Ce que change la synchronisation automatique

La synchronisation bancaire automatique repose sur une connexion directe entre votre outil de gestion et votre établissement bancaire, via des protocoles sécurisés. Les transactions sont importées automatiquement, sans ressaisie manuelle, et le logiciel propose des rapprochements en se basant sur les montants, les dates et les libellés des opérations.

Les gains sont concrets et mesurables. Le temps consacré au rapprochement est réduit à une simple vérification des exceptions, c’est-à-dire les opérations que le système n’a pas pu rapprocher automatiquement. La traçabilité est assurée par un historique complet et horodaté. Les anomalies remontent en temps quasi réel, sans attendre la clôture mensuelle.

La synchronisation automatique ne supprime pas le contrôle humain, elle le recentre. Votre comptable ou vous-même n’intervenez plus pour pointer des lignes évidentes, mais pour analyser les exceptions, comprendre les écarts et prendre des décisions. C’est un changement de posture, qui libère du temps pour ce qui compte vraiment : le pilotage financier.

Comment fonctionne la synchronisation bancaire : agrégation, DSP2, consentement

Pour comprendre comment votre logiciel de gestion peut se connecter à votre banque et récupérer vos transactions automatiquement, il faut connaître le cadre réglementaire et technique qui rend cela possible.

La directive DSP2 et l’open banking

Depuis janvier 2018, la deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2) oblige les banques à ouvrir l’accès aux données de leurs clients via des interfaces de programmation sécurisées (API), sous réserve du consentement explicite de l’utilisateur. C’est le fondement de ce qu’on appelle l’open banking : un système bancaire ouvert, dans lequel des acteurs tiers agréés peuvent accéder aux informations de compte pour fournir des services à valeur ajoutée.

Cette directive a créé deux types d’acteurs tiers agréés. Les prestataires de services d’information sur les comptes (AISP) peuvent lire les transactions et les soldes. Les prestataires de services d’initiation de paiement (PISP) peuvent déclencher des virements. Dans le cadre du rapprochement bancaire, c’est le rôle d’AISP qui est mobilisé : lire vos données bancaires pour les importer dans votre outil de gestion.

Tous les acteurs proposant ce type de service doivent être agréés par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), l’autorité de supervision bancaire française. Ils doivent également respecter les règles de la CNIL en matière de protection des données personnelles.

Le processus d’agrégation bancaire

L’agrégation bancaire désigne la collecte et la centralisation des données de plusieurs comptes bancaires sur une seule plateforme. Pour un dirigeant de TPE ou PME, cela signifie que votre outil de gestion peut récupérer les transactions de l’ensemble de vos comptes, même s’ils sont ouverts dans des établissements différents.

Le processus se déroule en plusieurs étapes. Vous vous connectez à votre outil de gestion et sélectionnez votre banque. Vous vous authentifiez auprès de votre banque via une authentification forte à deux facteurs, conformément aux exigences de la DSP2. Vous donnez votre consentement explicite pour que l’agrégateur accède à vos données. L’agrégateur se connecte à la banque via une API sécurisée et récupère vos transactions. Ces données sont centralisées dans votre outil de gestion, normalisées et mises à jour régulièrement.

La question du consentement et du renouvellement

Un point important à connaître : conformément à la DSP2, votre consentement d’accès aux données bancaires expire généralement au bout de quatre-vingt-dix jours. Vous devrez vous ré-authentifier auprès de votre banque pour renouveler l’autorisation. La plupart des outils vous envoient une notification avant l’expiration pour éviter toute interruption de la synchronisation.

La sécurité des données

La question de la sécurité est légitime. Les agrégateurs bancaires agréés utilisent des protocoles de chiffrement avancés pour protéger vos données. Votre outil de gestion n’a pas accès à vos identifiants bancaires : la connexion passe par des API sécurisées et une authentification forte. Les données sont chiffrées en transit et au repos. La certification ISO 27001, que certains agrégateurs ont obtenue, garantit un niveau de sécurité élevé dans la gestion des informations.

La méthode de rapprochement en 6 étapes

Que vous procédiez manuellement ou avec un outil automatisé, la méthode de rapprochement bancaire suit une logique structurée. Voici les six étapes à respecter pour obtenir un état de rapprochement fiable et auditable.

Étape 1 : Rassembler les documents

Réunissez le relevé bancaire de la période concernée, l’extrait du compte 512 sur la même période, et le dernier état de rapprochement validé. Ce dernier document est essentiel : il vous permet de vérifier que les soldes d’ouverture concordent, et de reporter les opérations en suspens du mois précédent. Sans ce point de départ, vous risquez de porter des erreurs d’une période sur l’autre sans le savoir.

Étape 2 : Vérifier les soldes de départ

Comparez le solde d’ouverture de votre relevé bancaire avec le solde d’ouverture de votre compte 512. Si le rapprochement du mois précédent était correct, ces deux montants doivent être identiques. Un écart dès le départ signale un problème non résolu lors du cycle précédent, qu’il faut traiter avant d’aller plus loin.

Étape 3 : Pointer les opérations

C’est l’étape centrale. Pour chaque opération figurant sur le relevé bancaire, recherchez l’écriture correspondante dans le compte 512. Lorsqu’une correspondance est trouvée (même montant, même sens), marquez les deux lignes comme rapprochées. Procédez chronologiquement, du début vers la fin de la période, sans sauter de lignes. Commencez par les montants les plus significatifs, puis traitez les petites écritures.

À la fin de cette étape, les lignes non cochées sont celles qui créent la différence de solde et qui demandent votre attention.

Étape 4 : Identifier les opérations en suspens

Listez séparément les deux catégories d’écarts. D’un côté, les opérations présentes dans votre comptabilité mais absentes du relevé bancaire : il s’agit généralement de chèques émis non encore encaissés, ou de remises de chèques effectuées en fin de période. De l’autre, les opérations présentes sur le relevé bancaire mais absentes de votre comptabilité : frais bancaires, prélèvements automatiques, virements reçus non encore saisis.

Étape 5 : Construire l’état de rapprochement

L’état de rapprochement est un document à deux colonnes qui présente les ajustements nécessaires pour parvenir au même solde en partant des deux sources. Il doit faire apparaître le solde comptable, les opérations en attente côté comptabilité, le solde bancaire, et les opérations en attente côté relevé. Une fois ces ajustements appliqués, les deux soldes corrigés doivent être identiques. Si ce n’est pas le cas, l’analyse doit reprendre.

Voici un exemple arithmétiquement exact :

Élément Montant
Solde comptable compte 512 au 31/01 12 400 €
Chèque émis le 29/01, non encaissé au 31/01 -900 €
Frais bancaires de janvier non comptabilisés -65 €
Solde comptable ajusté 11 435 €
Solde figurant sur le relevé bancaire au 31/01 11 435 €

Rapprochement équilibré : l’écart est nul, les comptes peuvent être validés.

Étape 6 : Régulariser et archiver

Passez les écritures correctives pour les opérations figurant sur le relevé mais absentes de votre comptabilité (frais bancaires, agios, virements non saisis). Une fois ces saisies effectuées, votre compte 512 est à jour. Datez, signez et archivez l’état de rapprochement avec les relevés bancaires correspondants. Ce document constitue une preuve de votre contrôle interne, utile en cas d’audit ou de contrôle fiscal.

Traiter les écarts : chèques non débités, virements en attente, frais bancaires, doublons

Les écarts de rapprochement ne sont pas tous de même nature. Certains sont normaux et temporaires, d’autres signalent une erreur à corriger. Voici comment traiter les cas les plus fréquents.

Les chèques émis non encore débités

C’est la source d’écart la plus courante. Lorsque vous émettez un chèque à un fournisseur, vous l’enregistrez en comptabilité à la date d’émission. Mais votre banque ne débitera votre compte qu’à la date de présentation du chèque, qui peut intervenir plusieurs jours, voire plusieurs semaines plus tard. Pendant ce délai, le chèque figure dans votre compte 512 mais pas sur votre relevé bancaire.

Ces chèques en suspens sont parfaitement normaux. Ils doivent être listés dans votre état de rapprochement avec leur numéro, leur bénéficiaire et leur montant. Si un chèque reste non présenté pendant plus de trente jours, il est prudent d’investiguer : le chèque a peut-être été perdu, ou le fournisseur rencontre une difficulté. Au-delà d’un an et huit jours, un chèque est périmé et doit être contrepassé comptablement.

Les virements en attente de traitement

Les virements bancaires sont plus rapides que les chèques, mais ils génèrent aussi des décalages temporels. Un virement SEPA standard est généralement exécuté en un jour ouvré, mais un virement donné en fin de journée ou avant un week-end peut n’apparaître sur le relevé que deux à trois jours plus tard. Ces délais sont normaux et constituent des opérations en transit à mentionner dans l’état de rapprochement.

Les frais bancaires et agios non comptabilisés

Les frais de tenue de compte, commissions d’intervention, agios liés à un découvert ou frais de carte professionnelle sont prélevés automatiquement par votre banque, sans facture préalable. Ils apparaissent sur votre relevé sans avoir été anticipés en comptabilité. Lors du rapprochement, vous devez enregistrer ces charges dans votre journal de banque, en les imputant aux comptes de charges financières appropriés (comptes 627 pour les frais bancaires, 661 pour les intérêts débiteurs).

Cette étape est aussi l’occasion de vérifier que les frais prélevés correspondent bien à ce que votre banque est en droit de vous facturer. Des frais inhabituels ou des montants anormaux méritent une vérification auprès de votre établissement.

Les doublons

Un doublon peut survenir côté comptabilité (une opération saisie deux fois) ou côté relevé bancaire (un double débit technique). Dans les deux cas, la résolution est différente.

Si le doublon est comptable, supprimez l’écriture en trop pour rétablir l’exactitude du solde. Si le doublon apparaît sur le relevé bancaire, contactez immédiatement votre banque pour signaler l’anomalie et demander la régularisation. Ne laissez jamais un doublon bancaire sans suite : votre banque est tenue de corriger ses erreurs, mais les délais de contestation sont limités.

Les écarts persistants et inexpliqués

Un écart qui ne trouve pas d’explication après une analyse approfondie doit être traité avec sérieux. Vérifiez d’abord les inversions de chiffres (un montant de 1 290 € saisi comme 1 920 €), les erreurs de sens (un débit enregistré en crédit génère un écart du double du montant), et les opérations sur la mauvaise période. Si l’écart persiste, inscrivez-le temporairement dans un compte d’attente (compte 471) en attendant d’identifier son origine. Cette solution doit rester exceptionnelle et limitée dans le temps.

À quelle fréquence rapprocher ses comptes

La fréquence du rapprochement bancaire dépend de votre volume de transactions et des risques associés à votre activité. Il n’existe pas de règle universelle, mais des recommandations adaptées à chaque situation.

Le rapprochement mensuel : le standard recommandé

Pour la grande majorité des TPE et PME françaises, un rapprochement mensuel est la fréquence de référence. Il permet de traiter les opérations encore fraîches dans la mémoire, de détecter rapidement les anomalies et de maintenir une vision fiable de la trésorerie sans y consacrer un temps excessif. Ce rythme est également celui qu’attendent votre expert-comptable et l’administration fiscale.

La règle pratique : effectuez votre rapprochement dès réception du relevé bancaire mensuel, sans attendre. Plus vous attendez, plus le nombre de lignes à pointer augmente et plus le risque de perdre le fil d’une opération complexe est élevé.

Le rapprochement hebdomadaire : pour les structures à flux importants

Si votre activité génère plusieurs dizaines de transactions par semaine (commerce, restauration, e-commerce, prestataires avec de nombreux clients), un rapprochement hebdomadaire est préférable. Il réduit considérablement le temps de résolution des écarts, car les opérations sont encore récentes et les justificatifs facilement retrouvables.

Le rapprochement quotidien : pour les activités à risque élevé

Les entreprises qui encaissent des espèces, gèrent de nombreux prélèvements automatiques ou sont exposées à un risque de fraude élevé ont intérêt à rapprocher leurs comptes quotidiennement. Avec un outil de synchronisation automatique, ce niveau de fréquence devient accessible sans mobiliser de ressources supplémentaires.

Le rapprochement à la clôture : un minimum non négociable

Quelle que soit la fréquence choisie pour les contrôles intermédiaires, un rapprochement bancaire complet à la date de clôture de l’exercice est indispensable. Il permet de justifier le solde bancaire figurant au bilan et de valider les chiffres présentés dans vos états financiers annuels. L’absence de ce rapprochement de clôture peut être interprétée comme une faiblesse du contrôle interne lors d’un audit ou d’un contrôle fiscal.

L’impact de l’automatisation sur la fréquence

Avec un outil de synchronisation automatique, la fréquence du rapprochement n’est plus contrainte par le temps disponible. Les transactions sont importées quotidiennement, et le logiciel propose des rapprochements en continu. Vous n’intervenez que pour valider les suggestions et traiter les exceptions. Ce fonctionnement transforme le rapprochement mensuel en un processus permanent et discret, qui ne mobilise votre attention que lorsqu’une anomalie mérite votre regard.

Ce que le rapprochement révèle sur votre trésorerie

Le rapprochement bancaire est souvent perçu comme une contrainte comptable. C’est en réalité un outil de pilotage financier dont les enseignements vont bien au-delà de la simple vérification des soldes.

Une vision fiable de votre position de trésorerie

Le solde affiché sur votre relevé bancaire ne reflète pas toujours votre trésorerie réelle disponible. Des chèques émis non encore encaissés, des virements en attente de traitement : autant d’éléments qui créent un décalage entre le solde bancaire brut et votre position de trésorerie effective. L’état de rapprochement, en listant ces opérations en suspens, vous donne une vision corrigée et fiable de ce que vous avez réellement à disposition.

La détection des tendances de dépenses

En analysant régulièrement vos relevés dans le cadre du rapprochement, vous identifiez des tendances que vous n’auriez pas remarquées autrement. Des frais bancaires qui augmentent progressivement, des abonnements récurrents dont vous avez oublié l’existence, des prélèvements automatiques qui ont changé de montant sans que vous en ayez été informé : autant d’informations qui impactent votre résultat et que le rapprochement met en lumière.

L’anticipation des difficultés de trésorerie

Un rapprochement régulier vous permet de suivre l’évolution de votre solde de trésorerie avec précision. Vous pouvez ainsi anticiper les périodes de tension, identifier les décalages entre encaissements et décaissements, et prendre des décisions proactives : négocier un délai de paiement fournisseur, accélérer une relance client, ou ajuster votre prévisionnel de trésorerie.

La fiabilisation des prévisions financières

Un prévisionnel de trésorerie n’est fiable que si les données de départ le sont. Un solde comptable non rapproché est une donnée approximative qui fausse l’ensemble de vos projections. À l’inverse, un solde régulièrement rapproché constitue une base solide sur laquelle construire des prévisions crédibles, utiles pour vos décisions d’investissement et vos discussions avec vos partenaires financiers.

La détection précoce des fraudes

La fraude au virement, aussi appelée fraude au président, consiste à usurper l’identité d’un dirigeant ou d’un fournisseur pour obtenir un virement frauduleux. Un rapprochement bancaire fréquent permet de détecter rapidement un virement vers un compte inconnu ou un prélèvement non autorisé. Plus la détection est rapide, plus les chances de récupérer les fonds sont élevées et plus les démarches de contestation auprès de la banque sont efficaces.

Les erreurs qui faussent un rapprochement

Un rapprochement bancaire mal exécuté peut donner une fausse impression de rigueur tout en laissant passer des anomalies importantes. Voici les erreurs les plus fréquentes à éviter.

Ignorer les opérations en transit entre deux périodes

Les flux financiers ne s’arrêtent pas le dernier jour du mois. Un virement donné le 31 janvier peut n’apparaître sur le relevé que le 2 février. Un chèque remis à la banque le 30 janvier peut être crédité le 3 février. Ces opérations à cheval sur deux périodes doivent être documentées et reportées d’un rapprochement à l’autre. Les ignorer fausse le solde de départ du cycle suivant et crée des écarts inexpliqués qui s’accumulent.

Laisser des écarts persistants sans investigation

Un écart qui traîne d’un mois sur l’autre est un signal d’alarme, pas une fatalité. Laisser ces sommes s’accumuler rend le nettoyage des comptes de plus en plus laborieux à chaque nouvelle clôture. La règle à respecter : tout écart résiduel doit être soit justifié par une opération en transit documentée, soit régularisé comptablement avant la clôture de la période.

Confondre lettrage et rapprochement bancaire

Ces deux notions sont distinctes et complémentaires. Le lettrage consiste à associer individuellement chaque facture à son paiement correspondant, dans les comptes clients (411) ou fournisseurs (401). Le rapprochement bancaire vérifie la cohérence globale du compte 512 avec le relevé bancaire. L’un ne remplace pas l’autre : un lettrage incomplet génère des écarts fantômes dans le rapprochement, car des paiements non lettrés semblent ne pas avoir de contrepartie.

Valider un rapprochement « à peu près équilibré »

Un état de rapprochement ne se valide pas lorsque l’écart est « faible » ou « acceptable ». Il se valide lorsque l’écart est exactement nul, ou lorsque chaque centième d’écart résiduel est documenté et justifié par une opération en transit identifiée. Accepter un écart non expliqué, même minime, c’est ouvrir la porte à une accumulation progressive qui deviendra un problème lors de la clôture annuelle.

Ne pas archiver les états de rapprochement

L’état de rapprochement n’a de valeur que s’il est conservé avec ses justificatifs. Un document non daté, non signé et non archivé ne constitue pas une preuve de contrôle interne. Chaque état de rapprochement doit être exporté en PDF, daté, signé par le responsable qui l’a réalisé, et conservé avec les relevés bancaires correspondants. En cas de contrôle fiscal, ces documents démontrent la rigueur de votre organisation comptable.

Utiliser des soldes de départ non vérifiés

Si le rapprochement du mois précédent n’a pas été correctement validé, les soldes d’ouverture du mois en cours sont faux. Tout le rapprochement construit sur cette base sera erroné. Avant de commencer un nouveau cycle, vérifiez toujours que les soldes d’ouverture correspondent aux soldes de clôture du rapprochement précédent.

Négliger les comptes bancaires secondaires

Chaque compte bancaire ouvert au nom de votre entreprise, qu’il s’agisse d’un compte courant, d’un compte d’épargne ou d’un compte dédié à la TVA, doit faire l’objet d’un rapprochement distinct. Un compte oublié est un angle mort dans votre contrôle interne, qui peut dissimuler des anomalies pendant des mois.

FAQ : vos questions sur le rapprochement bancaire

Le rapprochement bancaire est-il obligatoire pour une TPE ?

Non, aucun texte ne l’impose formellement. Cependant, l’article L123-12 du Code de commerce exige une comptabilité sincère et régulière, ce qui rend ce contrôle indispensable en pratique. En cas de contrôle fiscal, l’absence de rapprochements peut être interprétée comme une faiblesse du contrôle interne et déclencher un examen approfondi.

Quelle est la différence entre rapprochement bancaire et lettrage comptable ?

Le lettrage associe chaque facture à son paiement dans les comptes tiers (clients ou fournisseurs). Le rapprochement bancaire compare le solde global du compte 512 avec le relevé bancaire. Ce sont deux opérations complémentaires : un lettrage incomplet génère des écarts dans le rapprochement, et un rapprochement bancaire fiable nécessite un lettrage à jour.

Que faire si mon solde ne correspond pas après rapprochement ?

Reprenez l’analyse méthodiquement. Vérifiez d’abord les inversions de chiffres, les erreurs de sens (débit enregistré en crédit), et les opérations sur la mauvaise période. Assurez-vous qu’aucune ligne du relevé n’a été oubliée ou pointée deux fois. Si l’écart persiste, inscrivez-le temporairement dans un compte d’attente (471) et consultez votre expert-comptable.

La synchronisation bancaire automatique est-elle sécurisée ?

Oui, à condition de choisir un outil dont l’agrégateur bancaire est agréé par l’ACPR. Les connexions passent par des API sécurisées, les données sont chiffrées, et une authentification forte est requise. Votre outil de gestion n’a jamais accès à vos identifiants bancaires. Le consentement que vous donnez expire au bout de quatre-vingt-dix jours et doit être renouvelé, ce qui vous garantit un contrôle permanent sur les accès à vos données.

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