Pourquoi se former quand on dirige une TPE/PME (et pourquoi on ne le fait jamais)
Gérer seul une entreprise, c’est porter simultanément les casquettes de commercial, gestionnaire, RH, comptable et stratège. Trouver une fenêtre pour se former ressemble souvent à une mission impossible. Et pourtant, les chiffres sont sans appel.
Selon une étude publiée par Bpifrance Université en avril 2025, 91 % des dirigeants de PME considèrent qu’il est indispensable de se former régulièrement. Mais dans les faits, seuls 38 % d’entre eux l’ont fait au cours des deux années précédentes. Autrement dit, plus de 6 chefs d’entreprise sur 10 ne se sont pas formés depuis 2023, malgré la conviction que c’est nécessaire.
Ce paradoxe est structurel. Les deux freins les plus cités sont le manque de temps (près de 9 dirigeants sur 10 estiment qu’il est difficile d’intégrer la formation dans leur emploi du temps) et la difficulté à identifier des formations adaptées à leurs besoins spécifiques.
Les TPE sont particulièrement touchées. D’après le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications), les très petites entreprises représentent 84 % des employeurs du secteur privé, mais ne regroupent que 10 % des salariés formés en France. Le taux d’accès à la formation dans les entreprises de moins de 10 salariés atteint seulement 32 %, contre 62 % dans les structures de plus de 250 salariés.
Ce sous-investissement a pourtant un coût réel. Ne pas se former, c’est piloter son entreprise avec des compétences qui s’érodent. Les thématiques que les dirigeants jugent elles-mêmes prioritaires pour leur avenir sont la transformation digitale et l’IA (30 %), le développement stratégique (26 %) et les compétences managériales (27 %). Des sujets qui évoluent vite, et qui ne s’apprennent pas seul, sur le tas.
La bonne nouvelle : des dispositifs existent pour financer cette montée en compétences, souvent méconnus des dirigeants eux-mêmes. Voici un tour d’horizon complet, à jour pour 2025.
Le crédit d’impôt pour la formation des dirigeants : ce qu’il faut savoir en 2025
Un dispositif qui a disparu au 1er janvier 2025
Pendant près de 20 ans, les chefs d’entreprise ont pu bénéficier d’un crédit d’impôt spécifique pour leurs dépenses de formation. Ce mécanisme, codifié à l’article 244 quater M du Code général des impôts, permettait de déduire de l’impôt sur les bénéfices un montant calculé sur la base du SMIC horaire multiplié par le nombre d’heures de formation suivies dans l’année.
Ce dispositif a définitivement pris fin le 31 décembre 2024. Aucune disposition de la loi de finances pour 2025 n’a reconduit le mécanisme. L’article 17 de la loi de finances pour 2026 a officiellement abrogé l’article 244 quater M du CGI, et l’administration fiscale a retiré ses commentaires correspondants le 6 mai 2026.
Ce que le dispositif permettait (pour mémoire)
Pour les formations suivies jusqu’au 31 décembre 2024, le crédit d’impôt fonctionnait ainsi :
En 2023, plus de 13 000 entreprises avaient sollicité ce crédit d’impôt avant la clôture du dispositif.
Ce qui reste possible : la déduction des frais de formation
Si le crédit d’impôt a disparu, les frais de formation professionnelle restent intégralement déductibles du résultat imposable de l’entreprise, qu’il s’agisse d’une entreprise soumise à l’impôt sur le revenu (BIC, BNC, BA) ou à l’impôt sur les sociétés.
Trois conditions s’appliquent :
Concrètement, pour un dirigeant avec un taux marginal d’imposition de 30 %, une formation à 1 500 € génère une économie d’impôt de 450 €, à condition de ne pas oublier de déduire les éventuelles prises en charge par un FAF.
Les fonds d’assurance formation selon votre statut
C’est ici que se trouvent les aides les plus substantielles et les plus méconnues. Chaque dirigeant non salarié cotise obligatoirement à un fonds d’assurance formation (FAF) via sa contribution à la formation professionnelle (CFP), prélevée automatiquement par l’URSSAF. En contrepartie, il peut demander la prise en charge de ses formations professionnelles.
Le FAF compétent dépend de votre activité principale, identifiée par votre code NAF. Voici les quatre principaux dispositifs.
L’AGEFICE pour les commerçants et dirigeants non salariés du commerce, de l’industrie et des services
L’AGEFICE (Association de Gestion du Financement de la Formation des Chefs d’Entreprise) est le fonds de référence pour les gérants majoritaires de SARL, les associés uniques d’EURL, les associés de SNC, les entrepreneurs individuels et les auto-entrepreneurs des secteurs du commerce, de l’industrie et des services.
Attention : les présidents de SAS, de SASU, les gérants minoritaires de SARL et les gérants non associés d’EURL ne relèvent pas de l’AGEFICE mais de leur OPCO (voir plus bas).
Les plafonds de prise en charge pour 2025 et 2026 sont les suivants :
Les plafonds horaires sont de 42 €/h en présentiel individuel, 35 €/h en présentiel collectif ou distanciel synchrone, et 20 €/h en distanciel asynchrone.
Pour déposer une demande, il faut se rendre sur agefice.fr et soumettre le dossier au plus tard 15 jours avant le début de la formation. Tout dossier déposé après le début de la formation sera automatiquement refusé.
Le FIF-PL pour les professions libérales
Le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (FIF-PL) concerne les médecins, avocats, experts-comptables, consultants, formateurs indépendants, architectes et toutes les professions libérales relevant de la CIPAV ou de la CNAVPL.
Depuis le 1er octobre 2025, les plafonds ont été revalorisés :
La demande de prise en charge doit être déposée au plus tard dans les 10 jours calendaires suivant le premier jour de formation, ce qui est un délai particulièrement court. Il est donc recommandé d’anticiper.
Le FAFCEA pour les artisans
Le Fonds d’assurance formation des chefs d’entreprises artisanales (FAFCEA) finance la formation des dirigeants non salariés inscrits au répertoire national des entreprises dans la section des métiers de l’artisanat.
Le FAFCEA propose notamment un dispositif de parcours individualisé pouvant atteindre jusqu’à 4 800 € par entreprise et par an pour les artisans souhaitant suivre un parcours de formation sur mesure. Les critères de prise en charge 2025 ont été reconduits à l’identique de 2024, avec une évolution des critères pour les parcours individualisés à compter du 15 mai 2026. La demande doit être déposée entre 3 mois et la veille du début de la formation.
Les OPCO pour les dirigeants assimilés salariés
Les dirigeants assimilés salariés (présidents de SAS/SASU, gérants minoritaires de SARL, présidents de SA) ne cotisent pas à un FAF mais à un opérateur de compétences (OPCO) via la contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance (CUFPA) de leur entreprise.
Ces dirigeants peuvent mobiliser les fonds de leur OPCO dans le cadre du plan de développement des compétences de leur entreprise. Les 11 OPCO couvrent l’ensemble des secteurs d’activité. Pour identifier le vôtre, rendez-vous sur quel-est-mon-opco.francecompetences.fr en saisissant votre numéro SIRET.
Les formations finançables couvrent le management, les compétences stratégiques, les évolutions réglementaires et la montée en compétences techniques. Les entreprises de moins de 50 salariés bénéficient d’enveloppes mutualisées dédiées, ce qui rend le recours à l’OPCO particulièrement intéressant pour les TPE dont le dirigeant est assimilé salarié.
Le CPF du dirigeant
Le Compte Personnel de Formation (CPF) n’est pas réservé aux salariés. Tout travailleur indépendant, artisan, commerçant, profession libérale ou micro-entrepreneur peut également en bénéficier, à condition d’être à jour de sa contribution à la formation professionnelle (CFP).
Comment fonctionne le CPF pour un indépendant ?
Le CPF est alimenté à hauteur de 500 € par année d’activité, dans la limite d’un plafond de 5 000 € cumulés. Ces droits sont calculés au prorata de la période d’activité déclarée à l’URSSAF et crédités au printemps de l’année suivante sur le compte moncompteformation.gouv.fr.
Depuis mai 2024, une participation forfaitaire de 102,23 € est demandée à tout titulaire qui mobilise son CPF de façon autonome, sauf si un tiers (employeur, région, OPCO) abonde le compte.
Ce que le CPF permet de financer
Les formations éligibles au CPF pour un dirigeant comprennent notamment :
À noter : depuis la loi de finances pour 2025, les formations d’accompagnement non certifiantes à la création ou reprise d’entreprise ne sont plus éligibles au CPF. Seules les formations certifiantes dans ce domaine restent finançables.
Combiner CPF et FAF
Le CPF peut être cumulé avec les aides du FAF pour financer une formation dont le coût dépasse les droits disponibles. Par exemple, un professionnel libéral disposant de 2 000 € de droits CPF peut compléter avec 900 € du FIF-PL, ce qui lui permet d’accéder à une formation à 2 800 € avec seulement 100 € de reste à charge. En 2024, seuls 27 % des indépendants avaient utilisé leur CPF, ce qui laisse un potentiel considérable non mobilisé.
Choisir la bonne formation : critères, formats et label Qualiopi
Avoir les droits à la formation ne suffit pas. Encore faut-il choisir une formation qui apporte une valeur réelle et qui soit éligible aux financements publics.
Le label Qualiopi : le critère non négociable
Depuis le 1er janvier 2022, tout organisme de formation souhaitant accéder aux financements publics ou mutualisés (CPF, OPCO, FAF) doit obligatoirement être certifié Qualiopi. Cette certification, délivrée par un organisme accrédité par le COFRAC, atteste que le prestataire respecte les 7 critères et 32 indicateurs du Référentiel National Qualité.
Avant de vous inscrire à une formation, vérifiez systématiquement que l’organisme est bien certifié Qualiopi. La liste officielle est consultable sur le site du ministère du Travail. Sans cette certification, aucun financement FAF, OPCO ou CPF ne sera accordé, même si la formation est de qualité.
Les formats adaptés aux dirigeants
L’étude Bpifrance Université de 2025 est claire sur ce point : la formation idéale pour un chef d’entreprise est courte, pratique, en temps réel et entre pairs. Les formats les plus appréciés sont les formations de quelques heures, avec des exercices concrets et des temps d’échanges entre dirigeants.
Concrètement, plusieurs formats s’offrent à vous :
Les formations courtes en présentiel permettent de se concentrer sur un sujet précis (gestion de trésorerie, management, droit des contrats, marketing digital) en 1 à 2 jours. Elles sont souvent les mieux prises en charge par les FAF.
Les formations à distance synchrones (classes virtuelles, visioconférence) offrent la même interactivité que le présentiel avec plus de flexibilité géographique. Elles sont éligibles aux financements FAF à des plafonds légèrement inférieurs.
Les formations en ligne asynchrones (e-learning) permettent d’apprendre à son rythme, mais nécessitent un vrai suivi pédagogique pour être éligibles aux financements. Les modules sans accompagnement humain sont généralement refusés par les FAF.
Les bilans de compétences sont particulièrement utiles pour prendre du recul sur son parcours, identifier ses axes de développement et construire un plan de formation cohérent. Ils sont finançables via le CPF jusqu’à 1 600 €.
Les thématiques prioritaires pour un dirigeant de TPE/PME
Les formations les plus utiles et les plus financées couvrent généralement :
Dégager du temps pour se former en s’outillant mieux
Se former est une décision stratégique. Mais pour qu’elle soit tenable dans la durée, il faut résoudre le problème à la source : le manque de temps. Et ce problème-là n’est pas une fatalité.
La plupart des dirigeants de TPE/PME passent des heures chaque semaine sur des tâches administratives répétitives : créer des devis, envoyer des factures, relancer des impayés, suivre l’état d’avancement des projets, répondre aux mêmes questions clients. Ce sont autant d’heures qui ne servent pas à développer l’entreprise, et encore moins à se former.
L’automatisation de ces tâches est aujourd’hui accessible à tous les budgets. Un outil comme Djaboo, conçu spécifiquement pour les TPE et PME françaises, permet de centraliser la gestion CRM, la facturation, les projets et la relation client dans une seule interface. Enregistrer un client et envoyer une facture prend moins de 2 minutes. Les relances d’impayés sont automatisées. Le suivi des projets et des équipes freelance se fait en temps réel.
Djaboo propose un plan gratuit au démarrage (sans carte bancaire), qui permet d’émettre jusqu’à 5 factures par mois, de gérer un pipeline commercial basique et de connecter sa messagerie. Pour les besoins plus avancés, le plan Pro démarre à 29 € par mois. Quand les tâches administratives prennent moins de temps, les créneaux pour se former deviennent réels.
FAQ : 5 questions sur la formation du dirigeant
Le crédit d’impôt formation des dirigeants existe-t-il encore en 2025 ?
Non. Ce dispositif a définitivement pris fin le 31 décembre 2024. Aucune reconduction n’a été prévue par la loi de finances pour 2025, et l’article 17 de la loi de finances pour 2026 a officiellement abrogé l’article 244 quater M du CGI. Les formations suivies à partir du 1er janvier 2025 n’ouvrent plus droit à ce crédit d’impôt. En revanche, les frais de formation restent intégralement déductibles du résultat imposable de l’entreprise.
Comment savoir quel FAF est compétent pour moi ?
Votre FAF est déterminé par votre code NAF (ou APE), qui figure sur votre avis de situation SIRENE ou sur votre attestation de contribution à la formation professionnelle, disponible dans votre espace URSSAF. En règle générale : artisans vers le FAFCEA, commerçants et dirigeants non salariés du commerce vers l’AGEFICE, professions libérales vers le FIF-PL. Si vous êtes président de SAS ou gérant minoritaire de SARL, vous relevez d’un OPCO, identifiable sur quel-est-mon-opco.francecompetences.fr.
Puis-je cumuler CPF et FAF pour financer une même formation ?
Oui, dans la plupart des cas. Le CPF et les financements FAF peuvent être combinés pour couvrir le coût total d’une formation dont le montant dépasse l’un ou l’autre des plafonds. Attention toutefois : une même dépense ne peut pas être financée deux fois sur la même assiette. Il faut donc bien coordonner les demandes et vérifier les règles de cumul propres à chaque organisme.
Faut-il déposer la demande de financement avant ou après la formation ?
Toujours avant. C’est une règle absolue pour tous les FAF et OPCO. Un dossier déposé après le début de la formation sera systématiquement refusé. Les délais varient selon l’organisme : au moins 15 jours avant pour l’AGEFICE, dans les 10 jours suivant le premier jour pour le FIF-PL (ce qui signifie qu’il vaut mieux anticiper bien avant), et jusqu’à 3 mois avant pour le FAFCEA. Prenez l’habitude de déposer votre demande au moins un mois avant le début de la formation.
Comment choisir un organisme de formation sérieux ?
Trois critères sont non négociables. Le premier est la certification Qualiopi : vérifiez que l’organisme figure sur la liste officielle publiée par le ministère du Travail. Le deuxième est la pertinence du contenu : les objectifs pédagogiques doivent être formulés en termes de compétences concrètes, pas en termes vagues. Le troisième est l’adéquation au format : privilégiez les formations courtes, pratiques et si possible entre pairs, qui correspondent aux besoins réels des dirigeants selon les études récentes. Consultez également les avis d’autres dirigeants avant de vous engager.













